Cuba, c’est Cuba même dans une prison nord-américaine
Eh! “Cuba, ils ont ouvert la cellule ». Ce sont les paroles que l’on entend tous les jours, lorsque tôt le matin mon compagnon de prison m’annonce le courrier ; « debout, tous dehors » disent les gardiens, et au numéro 004-58725, je réponds tous les jours “présent », comme à l’école primaire lorsque les professeurs font l’appel.
Après celui-ci et le petit-déjeuner je sors dans la cour, où l’on suppose, on peut se divertir; se divertir, c’est se promener ou parler avec mes compagnons de couloir; mais j’occupe vraiment mon temps à profiter du peu de paysage que l’on voit de là: un petit village entouré d’un cordon de sécurité. Des maisons en bois, inhabitées, où l’on ne peut pas aller. Des maisons abandonnées, parce qu’il y a eu des émanations de substances toxiques et que les autorités ont fait évacuer le village. La substance est dangereuse et pour cette raison, on ne détruit pas les maisons. Les foyers vides donnent réellement à cet environnement, une allure de village fantôme.
Pour y accéder de là où je suis, il faut traverser un chemin poussiéreux au milieu d’une espèce de désert cerné de montagne: durant le jour, la chaleur dépasse 40° et la nuit, le froid fait descendre la température à moins 0. La mission à Cabinda et ses campements souterrains, non seulement m’ont entrainé à résister au trou, si fréquent pendant ces années, mais aussi aux brusques changements de température.
On peut apprécier plusieurs tours gigantesques avec des mires télescopiques à une distance prudente. La prison est un complexe fortifié où se trouvent les différentes unités; une sorte de masse compacte totalement grise, à cause du ciment et de l’acier, entourée de gros fils barbelés. Il n’y a pas de fenêtres, ce qui donne une plus grande sensation d’emprisonnement.
- Ah! Il est déjà 11:00. Quel miracle qu’ils n’aient pas appelé pour déjeuner; depuis 6h00 environ que je n’ai rien mangé !
- C’est pas trop tôt! Dès qu’ils ont donné le signal, on voit une colonne assez longue qui s’achemine vers le réfectoire.
Il faut se dépêcher pour ingurgiter le repas, car à deux heures de l’après-midi, après qu’on nous ait encore une fois comptés, nous nous dirigeons à notre lieu de travail, ici même dans la prison; nous bossons dur pour seulement trois ou quatre “pesos”, qui partent dans les timbres de la poste. Ca me plaît vraiment qu’on m’écrive; les missives me donnent du courage pour continuer ce combat.
Là au réfectoire, j’ai l’habitude de m’asseoir en aparté avec un vieux monsieur qui est ici depuis plusieurs années; mais à ma place, il y a quelqu’un. Oh! cela ne me plaît pas! Il pourrait s’agir d’une provocation.
Ici, les prisonniers sont assis par bandes, les “Chicanos”, les Noirs, les Blancs; mais moi, je ne peux m’asseoir avec aucune pour ne pas me faire d’ennemis: donc, il faut que j’aille parler avec celui qui occupe ma place.
- Hé! Mon pote, c’est moi qui m’assieds là!
Le prisonnier ne fait pas attention à moi et continue à manger.
- Eh ! Mon vieux, c’est ma place !
Je place résolument le plateau sur la table, dont le bruit fait immédiatement se lever tout le monde. Un des « chicanos » me demande:
-Eh! Cuba, qu’est-ce qu’il se passe?
Là, faisant usage de mon agilité mentale et de mon expérience pour éviter les problèmes, j’ai cherché une issue pour résoudre la situation.
-Non, non, rien, il était en train de partir.
Impressionné, le provocateur s’est levé. J’ai donc ainsi résolu une situation qui aurait pu se compliquer.
Sans plus, je prends ma veste, mes gants et je sors vers les aires de prison qui m’ont été assignées pour ramasser la poubelle; c’est un travail assez facile, bien que fatigant. La vie joue de ces tours : un diplomate ramassant la poubelle !
Occupé à cela jusqu’à 16h00, je prends ma douche et vais dîner pour faire la queue au téléphone à 19h00 et appeler la femme la plus belle du monde, bon mais c’est ma femme, non?
Près avoir bataillé avec le téléphone et la congestion des lignes entre les USA et Cuba, j’arrive à entrer en contact:
- Allo. Dit Adriana.
-¡Industriales Champion!- C’est ma première phrase quand je l’appelle. Elle répond.
-Té! Tu te goures, Industriales ne reçoit aucun carton cette année.
Quand je sens qu’elle va pleurer, je blague pour la sortir un peu de cette galère que nous vivons tous les jours et je lui dis:
- Tu sais, cette fin de semaine je ne peux pas aller en promenade, parce que le transport est très mauvais ici.
Des trucs pour qu’elle rie et souffre moins.
Après, je vais lire des livres, les nouvelles et je m’organise pour le jour suivant.
Dehors, encore un appel, le dernier de la journée; une fois terminé, la voix “On rentre”. Et à nouveau dans la cellule.
Attendez. Je dois repasser une histoire que je dois raconter demain, c’est un vieux et je dois apparenter que j’ai le mal de Parkinson. Je me courbe et commence à trembler. À ce moment-là, passe un gardien, il m’illumine avec sa lanterne et me demande :
- Hé, Cuba, t’es frit. Et moi qui pensais que tu étais préparé pour ça!
- Non, mon pote, c’est une histoire que je dois jouer demain.
Tous les soirs, je me dis: encore un jour au service de la patrie, un jour en moins, bien que je sois condamné à perpétuité. J’ai confiance en les mille amis que j’ai dans le monde et qui font que les barreaux s’ouvrent pour les Cinq.
Ici, dans ces occupations, il faut chercher des mécanismes pour empêcher la vie d’être plus dure avec soi et pour pouvoir garder l’espoir qu’un jour, on triomphera.
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