L’agriculture urbaine de La Havane

Organoponico a l'Havane
Encore une analyse du Monthly Review cette fois concentrée sur l' agriculture urbaine a l'Havane. Sinan Koont enseigne l’économie et est le coordinateur des études latino-américaines à Dickinson College à Carlisle en Pennsylvanie et a récemment passé un semestre sabbatique à Cuba au cours duquel il a étudié l’agriculture urbaine.
 

L’agriculture urbaine à Cuba

 
Au cours de ces quinze dernières années, Cuba a développé l’un des exemples les plus réussis de l’agriculture urbaine dans le monde. La Havane, capitale de Cuba, ville de plus de deux millions d’habitants, a joué un rôle important sinon prédominant dans l’évolution et la révolution de ce type d’agriculture. L’expression « agriculture urbaine à Cuba » revêt toutefois un sens quelque peu différent, à la fois plus et moins restrictif qu’il n’y parait à première vue. Cette expression est d’extension plus générale dans la mesure où elle couvre l’exploitation de grandes étendues urbaines et des terres situées en périphérie.
 
À titre d’exemple, la totalité de la surface cultivée de la province de la ville de La Havane est comprise dans l’agriculture urbaine. Cette définition comprend des terres qui sont bien plus rurales qu’urbaines – certaines municipalités (ou quartiers) de la partie est et sud-ouest de la ville possèdent une densité de population relativement faible, de 2 300 à 3 500 habitants au mètre carré environ contre 50 000 à 100 000 au mètre carré dans les régions les plus densément peuplées de la capitale. Ainsi, plus de 35 000 hectares (plus de 87 000 acres) de terre sont utilisés dans l’agriculture urbaine de La Havane ! 1
 
Le développement de l’agriculture urbaine à Cuba a débuté simultanément à la disparition des produits pétrochimiques, tels que les engrais et pesticides, des marchés cubains. Par conséquent, la production urbaine utilise uniquement des engrais biologiques et des techniques de désinsectisation biologiques et culturales. Les quantités limitées de produits pétrochimiques à disposition sont utilisées pour quelques plantations non urbaines telles que le sucre, les pommes de terre et le tabac. À Cuba, la distinction entre agriculture biologique et agriculture urbaine est à peine utile, dans la mesure où presque toute l’agriculture urbaine respecte des pratiques biologiques.
 
Les raisons pour lesquelles Cuba a dû se tourner vers l’agriculture urbaine et biologique dans les années 1990 sont bien connues et bien comprises. L’effondrement de l’Union soviétique et la fin du commerce plutôt favorable avec le COMECON ont entrainé la fin de l’agriculture de type soviétique, à grande échelle et industrielle que Cuba avait pratiquées depuis au moins les années 1970. Le diésel, l’essence, les camions, les machines agricoles, les pièces de remplacement pour les camions et les machines, ainsi que les engrais et pesticides issus de l’industrie pétrochimique, tous se sont faits très rares pratiquement du jour au lendemain.
 
Face à une crise aiguë de la production alimentaire, un passage à l’agriculture urbaine paraissait une solution évidente et nécessaire : la production urbaine minimisait les couts de transport et une production à petite échelle limitait le besoin de machines. La production agroécologique (l’application des principes de l’écologie aux pratiques agricoles) nécessitait en partie des sites de production proches de régions densément peuplées. Elle permettait en même temps d’éviter l’utilisation d’engrais et de pesticides pétrochimiques toxiques, qui n’étaient plus disponibles.
 
Les raisons de prudence et de sécurité nationale qui ont poussé Cuba dans cette voie depuis les années 1970 sont moins connues, mais peut-être tout aussi importantes. Cuba a été, et est encore sous un embargo partiel américain. L’éventualité d’un embargo total de l’île représente une menace encore plus grande et omniprésente. Les institutions scientifiques ont commencé très tôt à conduire des recherches portant sur la possibilité de substituts à l’importation dans la production, y compris la production agricole, ce qui rendrait l’île moins tributaire des importations.2 Au même moment, des programmes ont été lancés par le ministère de la Défense (et non par le ministère de l’Agriculture, qui était engagé dans une agriculture industrielle et à haute production) ainsi que par des institutions telles que l’Institut national des réserves d’État (INRE).
 
Ces programmes avaient pour but d’étudier les réponses possibles en cas de coupure totale des importations pétrolières. C’est lors d’une visite rendue à l’Entreprise horticole des forces armées en décembre 1987 que Raúl Castro, en tant que ministre de la Défense, a encouragé l’introduction d’une technologie qui sera par la suite largement utilisée dans l’agriculture cubaine.
 
Le général Moises Sio Wong – chef de l’INRE – rappela cette visite à Raúl Castro dix ans plus tard au cours d’une autre visite : une ingénieure agricole, mentionnée par Sio Wong simplement comme « ingeniera Anita », a mené à bien quelques expériences de culture de légumes sans avoir recours à des produits pétrochimiques.3 Castro avait suggéré les avantages de généraliser cette méthode de culture et c’est ainsi qu’au début du mois de décembre 1987, quatre ans avant la disparition de l’Union soviétique, les organopónicos, des constructions rectangulaires constituées par un muret – de trente mètres sur un environ – contenant des lits surélevés d’une mixture de terre et de substances organiques telles que du compost, ont commencé à être implantés dans des installations des forces armées.
 
Cependant, ce n’est pas avant la fin de l’année 1991 que le premier organopónico « civil » dans La Havane fut mis en fonctionnement dans un lopin de terre de deux acres vide en face du quartier général de l’INRE dans le quartier de Miramar à La Havane. Depuis lors, l’organopónico est devenu l’un des piliers de la culture des légumes dans l’agriculture urbaine de Cuba.4
 
Par conséquent, une fois que la crise eut rendu le passage de la production agricole vers les villes inévitable, certaines parties de la structure institutionnelle cubaine furent au moins capables de réagir avec des technologies, des politiques et des pratiques qui avaient été développées pendant une longue période précédant la crise.
 
Une organisation avait été mise sur pied avant 1994 pour superviser l’introduction systématique des organopónicos et des jardins intensifs dans l’agriculture urbaine. En 1997, elle fut rebaptisée Mouvement national de l’agriculture urbaine. Les conditions d’accès à la terre subirent un changement considérable. En effet, avant la crise, la terre était soit propriété d’un particulier et exploitée par celui-ci ou bien appartenait à l’État et était exploitée par des salariés. À présent, la terre était distribuée à des individus (en tant que parcelos [parcelles], et ses exploitants étaient appelés parceleros) et à des coopératives. De nouvelles formes de coopératives – avec ou sans une surface cultivée collectivement et détenue de manière collective – ont vu le jour. Une coopérative de crédits et services (CCS) rassemblait généralement ces parcelles et les fermes privées préexistantes qui acceptaient d’y participer.5
 
De plus, il existe aussi des patios (des jardins privés dont la production sert principalement à nourrir les familles), des parcelles individuelles, des fermes d’État et des areas de autoconsumo (des entreprises d’État produisant de la nourriture pour la consommation de leurs propres employés).
 
Sur la base de ce nouveau cadre institutionnel, la technologie organopónico introduite en 1987 est à présent généralisée dans La Havane et dans le reste de Cuba, dans des unités de production qui exploitent entre un demi et plusieurs hectares de superficie pour la plupart. Les jardins dits intensifs sont identiques aux organopónicos, à l’exception du fait que les lits surélevés ne sont pas entourés de murets et que le sol est généralement assez bon pour être mélangé directement à des substances organiques supplémentaires. Le jardinage et les pratiques agricoles traditionnels sont prédominants sur les patios et les parcelles, avec l’introduction partielle de certaines techniques utilisées dans les organopónicos. Des serres sont également utilisées ainsi que les techniques visant à bloquer l’intensité du soleil afin d’augmenter le rendement, d’améliorer la qualité et de permettre la production de légumes tout au long de l’année.6
 
Ce système organisé de production a vu le jour en 1994 et possède sa forme plus ou moins définitive depuis 1997. Grâce à lui, Cuba a atteint des résultats qui auraient paru peu plausibles en 1991. La production a connu un essor fulgurant. En effet, l’alimentation cubaine a bénéficié de l’introduction de produits agricoles cultivés localement et de manière biologique. Les villes cubaines ont tiré profit de cet avantage écologique, rendant leur environnement plus vert en raison des cultures (particulièrement lorsque couplées avec le reboisement urbain, abordé plus tard), et grâce au fait que tout est réalisé de manière agroécologique. Les parcelles de terre qui étaient devenues des horreurs pour la vue et des dépotoirs non autorisés se sont transformées en des terres productives. L’environnement social et économique a bénéficié d’importantes nouvelles sources d’emploi urbain ainsi que de l’intégration des femmes et des jeunes travailleurs de moins de trente-cinq ans. Ces derniers sont d’une importance toute particulière pour assurer la pérennité de l’agriculture urbaine et les retraités font également partie intégrante de la main-d'œuvre agricole urbaine. En effet, ceux-ci perçoivent des revenus et en tirent des avantages en matière de santé. Enfin, la formation d’un esprit collectif et les retombées thérapeutiques de l’agriculture urbaine constituent des résultats significatifs de ces efforts.
 
Bien que je me concentre sur La Havane dans ce texte, de nombreuses réussites de taille en la matière ont eu lieu à travers le pays. Il existe vingt-huit sous-programmes au sein du programme pour l’agriculture urbaine : douze pour la culture, sept pour l’élevage d’animaux et neuf pour des domaines de soutien tels que le fumier biologique, les semences, l’irrigation et le drainage, le marketing et l’éducation technique. Plus de 35 000 nouveaux emplois bien payés et productifs ont été créés dans ces sous-programmes au cours des douze dernières années.7 Au début de la Période spéciale, Cuba a connu une diminution substantielle de son PIB et de l’emploi, mais en 2005, la main d’œuvre totale s’élevait à 4,8 millions. Ainsi, les emplois créés dans l’agriculture urbaine représentent une contribution significative à l’emploi total du pays. Cet aspect de la création d’emploi dans l’agriculture urbaine doit être perçu comme une contribution significative au bien-être non seulement des personnes qui sont à présent rémunérées, mais aussi au bien-être de la société cubaine dans son ensemble. Pour l’un des sous-programmes qui connait un grand succès, celui des légumes et d’herbes fraiches, la production s’est vue multipliée par mille de 1994 à 2005 : de 4 000 tonnes à 4,2 millions de tonnes.8 Ce type d’augmentation implique évidemment une très grande augmentation de la surface de culture (atteignant 70 000 hectares en 2006)9, mais les rendements au mètre carré ont également connu une augmentation impressionnante (dans les organopónicos, par exemple, de 1,5 kg au mètre carré en 1994, ils sont passés à 25,8 kg au mètre carré en 2001, ce qui représente une multiplication par dix-sept entre ces deux années).10
 
Ces résultats spectaculaires s’expliquent de la même manière à La Havane que dans le reste du pays, et peuvent donc être traités dans le contexte plus général. En effet, le principe le plus important, général est peut-être d’ordre organisationnel : lorsqu’une direction, un suivi et des politiques fortes, disciplinées, cohérentes et centrales sont associés à une action décentralisée d’acquisition d’intrants, de marketing et de production. Le mot d’ordre dominant est : « Nous devons décentraliser uniquement jusqu’à ne pas perdre le contrôle et centraliser jusqu’à ne pas tuer l’initiative ».11 La direction générale du Groupe national de l’agriculture urbaine (GNAU) est complétée par les organisations provinciales (au nombre de 14) et municipales (au nombre de 169) correspondantes. Les tâches des groupes municipaux et provinciaux sont de définir les directives politiques, de mobiliser le peuple, de stimuler toutes les activités dans l’agriculture urbaine et de superviser et de gérer tous les efforts locaux. Les fonctions administratives telles que la supervision et la participation à la formation, la fourniture en apports nécessaires et le marketing sont endossées par les entreprises d’État dites « Fermes urbaines » (environ une par municipalité, mis à part les grosses municipalités qui en possèdent plus d’une).12
 
Dans cette structure décentralisée, un rôle clef est joué par les représentants de l’agriculture urbaine du ministère de l’Agriculture à chaque Conseil populaire (l’unité administrative dans l’organisation territoriale de Cuba qui se situe juste en dessous de la municipalité – dont le nombre s’élève à 1 452 à Cuba, soit une moyenne de huit ou neuf de ces Conseils par municipalité). Les tâches de chaque représentant sont multiples : débattre des projets de production avec chaque unité de production, promouvoir de nouvelles technologies, superviser des réseaux de fourniture, rassembler les données, assurer la qualité et la véracité des produits, commercialiser les produits et former le personnel aux techniques de l’agriculture urbaine. En bref, le représentant est « l’avant-centre » très important de l’État central dont on ne peut surestimer la fonction et le rôle.13
 
Cependant, ce cadre dont les grandes lignes ont été esquissées ci-dessus est une coquille vide. En effet, il est nécessaire de l’habiller avec des politiques et des pratiques réelles avant que son efficacité à promouvoir l’agriculture à Cuba ne puisse être correctement évaluée. Je vais aborder ci-dessous brièvement quatre domaines cruciaux de ces politiques et pratiques, chacun pouvant aisément être le sujet d’une monographie :
 

1.         Formation et éducation.

 
Au début de la Période spéciale, Cuba possédait une population qui jouissait d’un haut niveau d’éducation, mais de très peu de connaissances en matière d’agriculture biologique. Cependant, la population urbaine était capable d’apprendre rapidement. Au même moment, de nombreux scientifiques avaient conduit des recherches dans ce domaine et beaucoup de paysans possédaient des connaissances agroécologiques traditionnelles qui pouvaient être partagées. Cette combinaison peut-être unique d’enseignants qualifiés et d’étudiants enseignables a permis une rapide dispersion du savoir-faire agroécologique lorsqu’il est associé à des efforts d’extension participatifs sérieux, organisés et concertés menés par des instituts de recherche, des universités et des organisations. La formation à l’agriculture urbaine est bien plus qu’un simple transfert de « paquets » technologiques. Son mot d’ordre est le suivant : « produisez en apprenant, enseignez en produisant et apprenez en enseignant. »14 Les techniciens, scientifiques et ingénieurs agricoles formés de manière officielle dans des universités apportent également leur pierre à l’édifice. Enfin, les écoles primaires et secondaires enseignent et préparent la nouvelle génération des agronomes urbains.
 

2.         Recherche et développement.

 
Les efforts qui ont débuté dans les années 1970 se poursuivent à plein régime dans les universités et dans les instituts de recherche affiliés aux ministères et autres centres scientifiques. Le GNAU régit de manière interdisciplinaire et interinstitutionnelle les activités agricoles urbaines. Son comité de direction comprend des représentants de treize instituts de recherche. Plusieurs autres instituts et universités participent également aux activités du GNAU.15 Jusqu’en 2002, des centaines de projets au sein de douzaines d’institutions ont mené des enquêtes sur des aspects de l’agriculture durable et biologique dans trois programmes nationaux de recherche :
-          celui de la production de nourriture pour la population grâce à des méthodes durables développe soixante-trois projets dans quarante institutions scientifiques et universités;
-          celui de la production d’alimentation pour animaux grâce à des moyens biotechnologiques et durables développe trente-cinq projets dans dix institutions ;
-          enfin (bien que non applicable à l’agriculture urbaine), celui du développement durable dans les régions montagneuses développe soixante projets dans trente-huit institutions.16  Un point d’honneur est mis sur la recherche et le développement participatifs avec des unités de base produisant des connaissances nouvelles à travers le processus de production lui-même.
 

3.         La fourniture d’apports agroécologiques.

 
Plus de deux cents services fournissent les apports nécessaires à l’agriculture urbaine – la production, la fourniture ou la vente de semences, d’engrais organique, de préparations pesticides biologiques, de services techniques et de conseils. Plus de 7 000 Centres de matériaux biologiques produisent les engrais biologiques (compost, lombricompost — humus de vers) ; l’eau pour l’irrigation provient d’un approvisionnement urbain municipal par tuyaux, ainsi que de puits, rivières et réservoirs. La disponibilité de l’eau est maximisée grâce à des améliorations des techniques de captage d’eau de pluie ainsi que par des techniques d’irrigation efficaces, particulièrement dans les organopónicos et dans les jardins intensifs. Dans la mesure où certaines importations sont toujours requises, telles que des tuyaux pour les systèmes d’irrigation, le ministère de l’Agriculture se charge d’en assurer l’achat et l’allocation.
 

4.         Incitants matériels et moraux.


On attend des unités de production qu’elles soient rentables. Le marché détermine certains prix et le gouvernement en fixe d’autres. Dans leur grande majorité, ces unités sont rentables. Le profit devient la base pour payer des incitants, qui amènent les revenus moyens dans l’agriculture bien au-dessus des moyennes nationales pour les fonctionnaires. Il y a en outre divers incitants « moraux » pour les agronomes urbains. D’un point de vue individuel, ces incitants apportent de grandes possibilités d’éducation officielle continue et un environnement de travail sain, qui offre un soutien et de la dignité au travailleur. Au niveau sociétal, il existe un effort pour « honorer » le travail et les travailleurs agricoles urbains. Ce travail est de plus en plus perçu comme ayant un haut niveau de teneur scientifique et technique. L’image de paysans en tant que composante la plus basse de la société n’a plus une très grande influence.17 Les unités de production sont honorées par de nombreuses appellations (« avec excellence » étant la plus haute) suivant des critères stricts, qui continuent à être contrôlés tous les trois mois lors de visites d’inspection. Faire partie de l’une de ces catégories n’est pas seulement un honneur, et donc un incitant moral pour les unités de production (il existe seulement quatre-vingt-deux centres d’excellence dans le pays), mais il permet à ces agents d’exception de servir de points focaux pour l’introduction et la diffusion de nouvelles technologies. En effet, ils deviennent des agents d’extension et des éducateurs.18
 
 
Comment peut-on résumer la discussion ci-dessus ? Et bien, j’ai interviewé un parcelero prospère possédant un petit lopin de terre à Vedado, La Havane, qui cultive des plantes médicinales. Celui-ci affirme que les trois forces motrices du succès pour n’importe quelle action dans la vie, même lors de circonstances difficiles, sont « la nécessité, la possibilité et la volonté. »19 Si cette évaluation est acceptée, l’on peut dire qu’au début des années 90, Cuba est parvenu à rassembler ces trois éléments du succès dans sa réaction face à la crise à laquelle le pays fut confronté. Le pays a fait des progrès considérables depuis lors et semble avoir encore de la marge pour des progrès futurs. Cela dit, l’on ne devrait pas sous-estimer les obstacles et les goulots d’étranglement auxquels Cuba est confronté en termes de transport et de production alimentaire industrielle ainsi qu’en apports en matériel biologique, en eau, en énergie et en devises fortes – ce dernier élément est lié au besoin constant d’importer des intrants pour la production.
 

L’agriculture urbaine à La Havane : discussion générale

 
La Havane ne possède que 3 pour cent de la totalité des terres d’agriculture urbaine et 0,4 pour cent de la surface agricole du pays. Par ailleurs, la ville regroupe 20 pour cent de la population de l’île, mais seulement 0,67 pour cent de sa superficie totale.20 La Havane est la province la plus densément urbanisée de Cuba et par conséquent, la superficie de ses terres agricoles représente un plus faible pourcentage de la totalité de la surface agricole du pays que sa superficie de terre par rapport à la superficie totale en terre. Mais étant donné que toutes ses terres agricoles sont comptées comme urbaines, la ville s’en sort plutôt bien en termes de pourcentage de toute la surface d’agriculture urbaine. Cependant, en raison de l’accent mis à partir des années 1990 sur la production locale à partir de ressources locales pour la consommation locale (d’où le mot d’ordre de l’agriculture urbaine : La production du quartier, par le quartier et pour le quartier)21, la ville a dû lutter, se retrouvant en retard par rapport aux autres provinces.
 
Par exemple, La Havane n’a que récemment atteint le niveau de la directive de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) visant à fournir quotidiennement 300 grammes de légumes par habitant à sa population. En 2001, sa production quotidienne de légumes par habitant était de seulement 171 grammes, soit bien en deçà des quantités préconisées par la FAO, et était en dessous du niveau la province la moins productive suivante, Santiago de Cuba, avec 412 grammes.22 La raison est assez évidente. Alors que Cuba dans son ensemble dispose d’un peu moins d’un dixième d’un hectare de terres agricoles urbaines par habitant, ce chiffre plonge jusqu’à moins d’un deux-centième d’hectare à La Havane.23 Les terres disponibles pour la culture sont encore plus restreintes. En effet, parmi les 33 000 hectares utilisés pour l’agriculture, seuls 10 500 le sont pour des cultivos varios (y compris les racines alimentaires, les céréales, les légumes, les agrumes et autres fruits).24 Toutefois, tout comme c’est le cas de Cuba dans son ensemble, La Havane a su accroitre sa production de légumes à un rythme très rapide.25 Les chiffres dans le tableau 1 correspondent à une augmentation annuelle de 38 pour cent sur les huit années envisagées.
 
Tableau 1. Production annuelle de légumes à La Havane
 
 
Année           Milliers de tonnes
 
1997               20,7
 
1998               49,9
 
1999               62,6
 
2000               20,1
 
2001               132,2
 
2002               188,6
 
2003               253,8             
 
2004              264,9             
 
2005               272,0
 
 
 
 
Le résultat pour l’année 2005 correspond à environ 340 grammes quotidiens par habitant pour La Havane, un résultat légèrement en deçà de celui d’autres provinces, mais bien supérieur aux recommandations de la FAO.
 
La production de beaucoup d’autres cultures à Cuba a également augmenté de manière significative. Le tableau 2, qui présente des données datant de 1999 à 2001, révèle les progrès dans d’autres cultures pendant la même période. Ainsi, la production du programme de légumes de Cuba s’est accrue de 62,6 à 132,2 milliers de tonnes.26
Ces augmentations rapides ont été réalisées grâce à une extension de la surface cultivée et, peut-être plus important encore, grâce à des changements organisationnels et technologiques vers une production à plus petite échelle et agroécologique. La main-d'œuvre croissante employée dans le secteur de l’agriculture urbaine est devenue de plus en plus qualifiée grâce à un apprentissage sur le tas et grâce aux instructions des experts. De plus, sa productivité a été stimulée grâce à des plans de rémunération qui génèrent des revenus pour les travailleurs en fonction de leurs performances en termes de production.
 
Tableau 2. Production annuelle d’une sélection de cultures à La Havane.
 
 
 
 Culture        2001 Milliers de tonnes          Croissance annuelle 1999-2001 (pour cent)
 
Bananes       1,9                                             8,0
(cuisine)
 
Bananes        0,8                                           13,2                        
(fruit)
 
Fruits            21,1                                          8,4                          
 
Racines         21,0                                         10,2
alimentaires
 
Haricots         2,4                                          29,9                         
 
Riz                0,6                                          21,9
 
 
 
 
Les effectifs employés dans l’agriculture urbaine à La Havane sont passés de 9 000 en 1999 à 23 000 en 2001 à plus de 44 000 en 2006.27 L’agriculture urbaine à La Havane exige une plus forte intensité de main-d’œuvre que pour le reste du pays. Bien que La Havane n’ait que 3 pour cent de terres agricoles urbaines, le secteur de l’agriculture urbaine emploie aux alentours de 12,5 pour cent des effectifs du pays. Environ 25 pour cent de cette main d’œuvre est de sexe féminin, un pourcentage qui passe à plus de 35 pour cent et 51 pour cent parmi les travailleurs qualifiés sur le plan technique aux moyens et hauts niveaux respectivement.
 
La capitale de Cuba travaille très dur à son agriculture. Sur 3 pour cent des terres agricoles urbaines, la ville produit environ 6,5 pour cent des légumes issus de l’agriculture urbaine. La distribution de la nourriture s’effectue par des ventes directes sur des centaines de sites de productions ou échoppes qui appartiennent à une unité de production à un autre endroit, une pratique entérinée par les gouvernements régionaux.
 
Environ 60 pour cent de la production au niveau national sont distribués de la sorte. Onze autres pour cent sont vendus à deux types de marchés agricoles : ceux où les prix fluctuent librement et ceux contrôlés par l’État où les prix sont moins élevés. Les gouvernements régionaux contrôlent les prix sur les marchés d’ « État » et ils les fixent conformément aux listes mensuelles des prix. Les unités de production, telles que les familles et institutions, consomment aux alentours de 22 pour cent de la production. Des approvisionnements spéciaux sont prévus pour d’autres besoins sociaux, tels que ceux des écoles, des hôpitaux et des universités. Dans cette situation, les producteurs et les consommateurs établissent des contrats pour la nourriture à des prix fixés par les gouvernements régionaux pour une durée de trois mois. Ils représentent généralement les prix les plus bas du marché et constituent une taxe sur les producteurs.
 
La réalisation de ces obligations sociales est contrôlée et mise en vigueur de manière rigoureuse en termes de qualité, quantité et ponctualité des livraisons, autant de responsabilités qui incombent au producteur. Ce type de consommation sociale utilise encore 2 pour cent supplémentaires de la production au niveau national.29 Á La Havane, étant donné la densité institutionnelle et de population, les quantités utilisées par la consommation sociale et l’autosuffisance seront forcement plus importantes. En réalité, en 2006, les livraisons pour ces besoins sociaux s’élevaient à 1 300 tonnes chaque mois, soit près de 6 pour cent de la production.30
 
Un programme qui ne fait pas partie d’un sous-programme de l’agriculture urbaine doit cependant être mentionné ici en raison de son étroite association avec l’agriculture urbaine – le programme de reboisement urbain. L’objectif dans un contexte urbain est de planter des arbres, fruitiers ou non, dans tous les endroits appropriés qui ne sont pas exploités à d’autres fins agricoles. Lancé en 1996, ce programme a déjà apporté à chaque municipalité de la capitale plus de douze mètres carrés d’espace vert par habitant en 2004, et a atteint des niveaux de trente mètres carrés dans les municipalités de banlieue. En plus des avantages environnementaux évidents, cette écologisation de la ville apporte également une production d’aliments comestibles supplémentaires ainsi que de la nourriture pour les animaux et des feuilles qui peuvent être transformées en engrais biologiques.
 
Un heureux problème pour La Havane est que la ville est progressivement en train de tomber à court de terres non utilisées et cultivables à secourir et à exploiter. À la date du 15 novembre 2006, parmi les 35 890 hectares, seuls 2 970 hectares demeuraient non utilisés comme pâturage, forêts et surface de culture.31 La « Misión al 2007 » proposait de récupérer toutes ces terres, ces terrains vagues pollués, ces décharges d’ordures et d’y planter des arbres fruitiers ou des étendues boisées.
 
Cependant, cela signifie également qu’à partir d’aujourd’hui, les avantages supplémentaires, disons dans la production de légumes devront provenir de :
 
(1) la redistribution de terres selon les trois usages en concurrence (cultures, élevage d’animaux et forêts) ; ou
(2) un meilleur mélange des trois ; ou encore
(3) parmi les surfaces allouées à la production de légumes, introduire sur une plus grande part des techniques plus intensives, telles que les organopónicos et une technologie récente, originale et développée à Cuba – une culture semi-protégée dans des organopónicos et jardins intensifs.
 
On entend par semi-protégé l’installation d’écrans de toiture soutenus par des poteaux positionnés au dessus de lits de culture, perméables à la pluie et dépourvus de structures murales. Cette technique augmente le rendement et permet la production de certains légumes qui sont sensibles aux intenses rayons du soleil en été.
 
En 2006, vingt-et-un nouveaux organopónicos s’étendant sur quinze hectares à La Havane ont été construits, même si la moitié d’entre eux attendaient des systèmes d’irrigation en raison de retards d’importation.33 Les cultures semi-protégées ont été constituées en sous-programme d’agriculture urbaine et elles gagneront en importance dans les années à venir.34
 
L’importance de cette possibilité de transformer la production de légumes à Cuba en organopónicos semi-protégés est évidente. Si elle est généralisée à la nation tout entière, les rendements plus élevés qu’offre ce système de production signifient que seule une fraction des terres actuellement utilisées suffiraient à subvenir à tous les besoins du pays. À cet égard, Cuba semble jouir de possibilités « infinies ».
 

L’agriculture urbaine à La Havane : expériences spécifiques

 
Comment les points développés dans les deux premières sections se reflètent-ils dans les vies de certaines unités de production dans l’agriculture urbaine de La Havane ? J’ai rendu visite à un grand nombre de sites de production de différents types et de différentes tailles à La Havane entre janvier et mai 2007.35 Certaines de ces visites étaient formelles et étaient organisées par les chefs responsables des unités en questions. D’autres étaient informelles, certaines ne comprenaient que des prises de photographies depuis l’extérieur du bâtiment ou encore des discussions informelles avec des agronomes urbains au sujet de leur travail dans l’unité. Les informations que j’ai pu glaner ainsi que les observations que j’ai pu faire au cours de ces visites contribuent à ma compréhension de ce à quoi l’agriculture urbaine à La Havane ressemble au niveau du sol.
 
À l’extrémité ouest de la municipalité de Habana del Este se situe la communauté « dortoir » de Alamar – où se situe UBPC organopónico Vivero Alamar, l’une des expériences les plus réussies en matière d’agriculture urbaine à La Havane. On la qualifie de façon trompeuse d’organopónico alors qu’il s’agit principalement de huertos intensivos (jardins intensifs). Cette communauté fut lancée en 1997 lorsque Miguel Salcines, agronome de niveau moyen du ministère de l’Agriculture, demanda à utiliser une parcelle de 3,7 ha de « terrain vague » inutilisé. Il s’est associé avec quatre autres personnes, dont un menuisier et un chimiste, afin de commencer l’établissement de l’unité de production. Il est juste de dire que ce qui s’est produit depuis lors a dépassé toutes les attentes raisonnables. Après des débuts modestes, cette unité s’est hissée parmi les meilleures du pays, figurant parmi les quatre-vingt-deux unités de Cuba qui ont atteint et su conserver le label d’ « excelencia ». L’effectif a grandi de 5 à 147 membres, la surface utilisée est passée de 3,7 à 11,2 ha et sa production annuelle a bondi de 20 à 240 tonnes de légumes.
 
L’augmentation de la surface cultivée ne s’est pas déroulée par l’achat de terres, étant donné qu’il n’existe aucun marché foncier à Cuba, mais plutôt par le biais de différents types d’acquisitions. Dans un premier temps, une étendue de plus de 6 ha a été absorbée dans l’unité de production, car les individus qui avaient exploité ces terres ont abandonné leurs parcelles lorsque que l’économie cubaine a commencé à s’améliorer ces dernières années. Cette nouvelle surface est actuellement aménagée en huertos intensivos supplémentaires.
 
La seconde annexion était due à la décision de l’État de se défaire d’un de ses organopónicos, d’une superficie de 1,2 ha en raison de difficultés à maintenir des niveaux de production adéquats. Celui-ci était situé près de l’unité de production de l’organopónico Vivero Alamar, mais non adjacent à celle-ci. Les vingt-sept employés de l’État de l’ancienne unité ne furent pas remerciés. Ils ont été intégrés à l’unité de production en tant que membres de la coopérative. Ceci représente une partie de l’augmentation des effectifs, mais la coopérative a augmenté ses effectifs afin d’accroitre la production, en diversifiant ses efforts de culture et de commercialisation. De nouveaux travailleurs sont engagés pour une période probatoire de trois mois, au terme de laquelle ils deviennent généralement membres de la coopérative. Ainsi, parmi les 150 personnes environ qui travaillent à l’unité de production, à peu près 135 sont membres de la coopérative.
 
L’unité produit une grande variété de légumes. Les cinq légumes principaux sont la salade, les bettes, les tomates, les concombres et les choux, suivis par la betterave et l’aubergine. Elle produit également des carottes, des haricots verts, du cèleri, du chou-fleur, de la menthe, du persil, du gombo et des poivrons verts. L’unité sera bientôt dotée d’un site de production fonctionnel de champignons comestibles. Un poulailler d’une capacité de plus de deux cents de poules pondeuses est en construction. Lorsqu’il sera terminé, il apportera des œufs pour la vente et du fumier de poule à l’organopónico.
Environ 90 pour cent des produits sont vendus directement au public sur cinq marchés adjacents aux zones de cultures, à des prix variant d’un à trois pesos la livre. L’unité de production cultive et vend aussi 167 variétés de plantes ornementales ainsi que des plants d’arbres fruitiers et autres à transplanter.
 
Jusque 10 pour cent de la production de légumes de l’unité sont affectés socialement, c’est-à-dire vendus à des écoles et des hôpitaux à des prix réduits convenus par contrat, ou vendus à l’industrie du tourisme, rapportant ainsi au ministère de l’Agriculture des devises fortes grâce auxquelles Cuba peut acquérir les importations agricoles nécessaires.
Bien que cette unité n’entretienne pas de relations formelles avec une école, elle conserve une politique de portes ouvertes. En effet, elle offre des consultations et des conseils aux écoliers envoyés par des professeurs pour réaliser un projet, mais aussi aux adultes dans la communauté qui s’interrogent à propos de l’agriculture urbaine.
 
En gardant à l’esprit ce bref aperçu de l’unité de production, il vaut la peine de considérer comment cette unité s’intègre dans les quatre domaines importants des politiques et pratiques abordées précédemment : la formation et l’éducation, la recherche et le développement, l’approvisionnement, les incitants matériels et moraux.
 
(1)       La main d’œuvre ici est déjà hautement qualifiée – quoique non en agriculture urbaine ! Parmi les 147 travailleurs, 50 possèdent des diplômes d’ingénieur ou une formation technique de niveau moyen. Des membres nouvellement recrutés suivent un processus d’apprentissage intensif lors de leur période probatoire de trois mois. Ce processus consiste à la fois en une formation sur le terrain, où les jeunes travaillent aux côtés des membres plus anciens qui savent ce qu’ils sont en train de faire et d’un enseignement formel dans des salles de classe. L’unité possède une salle de classe située dans le centre du complexe, qui sert également de réfectoire pour les déjeuners et collations quotidiens.
 
(2)       L’esprit de recherche et de développement participatifs est bien vivant au sein de l’unité. L’expérimentation et l’introduction de nouvelles technologies sont une pratique courante. Lors de ma visite, de la fumée liquide, une préparation biologique à base de mangue, de neem, de feuilles de nono et de fruits a été introduite en tant que pesticide dans diverses cultures. Les plantations combinées – la culture de deux variétés dans un même lit dans des rangées différentes afin d’accroitre le rendement et d’améliorer la gestion des parasites – sont un autre centre d’intérêt de la technologie agricole urbaine.

Dans l’un des nouveaux jardins intensifs sur l’une des terres nouvellement acquises, une tomate hybride israélienne ne se portait pas bien lorsqu’elle fut plantée de manière expérimentale dans des rangées alternées de chou. Ce chou s’était précédemment bien porté quand sa culture fut combinée à celle des carottes et de la salade. Dans des lits voisins « de contrôle », la culture de tomate plantée seule était plus fructueuse. Parmi les autres nouvelles technologies qui ont été ou seront sous peu introduites sont l’utilisation d’eau magnétisée pour l’irrigation et l’enracinement direct de greffes d’arbres fruitiers. Un hectare de cultures semi-protégées sera également installé cette année. Bien que cette dernière technologie ait été développée à Cuba, des importations sont toujours requises (système d’irrigation) et par conséquent des devises fortes. Cela sera installé sur cent cinquante hectares cette année à travers le pays. La partie du gâteau de La Havane s’élèvera à trente hectares, et l’unité de production d’Alamar en aura un.
 
(3)       L’unité produit une partie de ses propres semences et la plupart de ses propres pousses et achète d’autres intrants. L’unité a passé un contrat pour des biopesticides, qui sont livrés sur place. Elle produit la totalité de son compost pour les lits dans les organopónicos et jardins intensifs avec des résidus de ses propres opérations et elle achète du fumier dans une ferme voisine qui élève des animaux. À l’exception de la partie de l’unité qui était, jusqu’il a peu, un organopónico de l’État, l’eau utilisée pour l’irrigation ne provient pas des conduites des services de la ville. L’unité a construit six puits qui fournissent une quantité adéquate d’eau pour l’irrigation des cultures au sein des terres contigües originelles de l’unité. La disponibilité et le transport des substances organiques à utiliser comme matières premières dans la production de compost représentent un aspect restrictif et délicat des opérations.
 
(4)       Un incitant moral est apporté à l’unité dans son ensemble par son titre de centre d’excellence, qui n’a été décerné qu’à une poignée d’unités à travers le pays. Une fois acquis, ce titre doit être conservé par la réussite d’examens constants effectués par des équipes d’inspection tous les trois mois. Dans l’unité elle-même, la philosophie sous-jacente d’atencion al hombre (une version cubaine de ce qu’on appellerait « ressources humaines » aux États-Unis) s’assure que les incitants, à la fois moraux et matériels, individuels et collectifs soient suffisants pour attirer des membres qualifiés et stables.

Des conditions de travail dignes comprennent une journée de travail de sept heures (de 7 à 15 h, avec une pause déjeuner), des toilettes appropriées et un déjeuner complet « gratuit » préparé principalement à partir de la production de l’unité. Les membres ont des opportunités tant sur le lieu de travail qu’en dehors pour parfaire leur éducation formelle. Ainsi, plusieurs membres suivent des cours sur des campus universitaires dans leur municipalité, qui s’inscrivent dans le cadre d’un effort national d’universalisation de l’enseignement supérieur. Les membres participent également à des programmes culturels dans les Casa de Cultura locales et, en tant que résidents urbains, ils peuvent suivre des cours de ballet ou de théâtre en soirée. La direction de l’unité est engagée à déployer tous les efforts nécessaires pour diffuser la perception que le travail est fondé sur la science et la technologie. Les jours où l’agriculture était perçue comme un labeur éreintant effectué par des fermiers arriérés peinant de l’aube au crépuscule sont à présent révolus. L’idée est de soutenir l’estime des travailleurs tout en améliorant le respect que la société témoigne à leur personne et à leur contribution.
 
Afin de traiter les membres avec la dignité et le respect qu’ils méritent, il convient de favoriser un sens de « propriété » parmi eux. Non seulement les revenus dépendent des recettes générées par les ventes, mais l’assemblée générale de la coopérative, constituée par tous ses membres, décide de la distribution de ces revenus, suivant à la fois des lois générales qui s’appliquent aux coopératives et des régulations internes. Les opérations financières de l’unité sont complètement transparentes pour ses membres. En fait, le bureau principal affiche sur ses murs un tableau contenant les informations financières à propos des opérations de l’exercice du mois dernier ainsi que les données cumulées de l’année jusqu’à cette date. Y figurent également les pourcentages des projets de l’année qui ont été menés à bien par rapport au pourcentage de ceux planifiés jusqu’à cette date. Les informations affichées comprennent les recettes totales, les dépenses totales (en ce compris tous les salaires versés), les coûts pour chaque peso de recette, les bénéfices, le salaire moyen et les revenus moyens de l’unité. Il est important d’insister sur ce dernier élément : les membres perçoivent un salaire. De surcroit, environ la moitié des bénéfices sont distribués en tant que revenus individuels et le reste est affecté aux dépenses sociales collectives, l’investissement y compris.
 
L’on peut se faire une idée des incitants matériels proposés aux membres de la coopérative en résumant ce qui était affiché sur ce tableau pendant le mois de mars 2007. Le revenu moyen pour 2007 avait été fixé à 8 528 pesos, dont 1 421 pesos étaient versés pour les deux premiers mois. La moyenne réelle pour les deux mois était de 1 629. Par conséquent, le revenu moyen réel des membres, s’élevant à environ 815 pesos, dépassait la moyenne mensuelle prévue de 15 pour cent, soit 711 pesos, et il dépassait de 112 pour cent le revenu moyen mensuel des travailleurs salariés à l’État, qui s’élève à 385 pesos. Il n’est donc pas étonnant qu’une étude menée en 2005 sur les unités de production de l’agriculture urbaine, qui incluait Alamar, découvrit que trente-cinq des cinquante membres y travaillaient depuis plus de cinq ans.36
 
J’ai rendu visite à un grand nombre de coopératives agricoles urbaines à La Havane. L’une d’entre elles, la Arides Estevez Sanchez CCS, était située à l’extrémité ouest de la capitale, dans la municipalité de Playa. Coopérative opulente et prospère, la CCS possède une surface collective qui comprend un organopónico et trois serres qui produisent des tomates et des concombres pour les hôtels de touristes. Elle emploie 140 personnes, cultive 90 parcelles (dont plus de vingt sont la propriété de personnes privées, le reste étant en commun). Ils produisent suffisamment de compost et de lombricompost pour en destiner une partie à la vente. L’obligation la plus importante de cette coopérative est d’honorer ses contrats avec trente-huit écoles, qui demandent 3,2 kg de légumes quotidiens par étudiant. La CCS possède un camion grâce auquel elle effectue les livraisons aux écoles. D’autres « organismes autorisés » achètent par le biais de contrats passés avec la coopérative, mais ils doivent s’occuper eux-mêmes du transport. De plus, la CCS dispose de multiples points de vente pour des ventes directes à la population. Le gouvernement local fixe les prix en fonction des listes de prix mensuelles ou trimestrielles (pour les écoles). Les prix aux points de vente sont fixés environ 20 pour cent en dessous de ceux affichés sur les marchés des agriculteurs, auxquels la CSS ne participe pas.
 
Séparé du centre, l’on trouve un petit organopónico (organopónico Girasol) appartenant à cette coopérative, mais tenu par deux membres. De seulement 0,22 ha de superficie, il dispose de son propre puits pour l’irrigation et a son propre point de vente sur place. L’un des « propriétaires » est un spécialiste de l’irrigation et enseigne l’irrigation à un groupe d’élèves dans une école primaire. Selon lui, il n’est pas le seul : de nombreux membres de la CSS rendent visite à des écoles ou bien reçoivent la visite d’écoliers sur leur lieu de travail.
 
En plus de ces expériences « coopératives », il existe des dizaines de milliers de parcelles et de jardins de taille inférieure à un demi-hectare à La Havane. Ces jardins apportent leur contribution à l’agriculture urbaine. Par exemple, une parcelle à Velado dans la municipalité de Plaza fut consacrée à la production de plantes médicinales. En 1992, tandis que le gouvernement s’orientait vers la « médecine végétale » dans l’atmosphère assoiffée d’importation de la Période spéciale, le « propriétaire », A. Falcon, était un travailleur ordinaire sans aucune expérience en agriculture lorsqu’on lui attribua la tâche de sauver un lopin de terre rempli de déchets et d’y produire des plantes médicinales. Aujourd’hui, quinze années plus tard, plus de quarante différentes plantes sont cultivées dans des lits de type organopónico. Ces lits sont composés de compost et de lombricompost produits sur place, avec des déchets végétaux produits sur le terrain et le fumier est obtenu grâce aux poulets élevés et gardés sur place.37 De plus, les week-ends, Falcon récolte les feuilles mortes dans la rue du quartier et les ajoute à son tas de compost et se procure des pelures d’oranges et autres déchets sur les marchés des producteurs. Il a pour projet d’élever des lapins et du poisson afin de produire des substances organiques supplémentaires.
 
Le contrôle des vermines s’effectue grâce à une diversification et à la plantation de plantes répulsives ainsi que par la collecte à la main dans le cas d’une invasion d’escargots. Il n’y a en général que très peu de problèmes. Si un problème que Falcon ne pouvait gérer survenait, il recevrait des conseils et de l’aide de la part de la Tienda Consultorio del Agricultor (magasin et consultation pour l’agriculteur). L’ensemble de ses ventes a lieu sur place : les voisins viennent y acheter des plantes médicinales et « spirituelles » au prix de deux pesos le paquet. Cependant, plus importants que son rôle de producteur de plantes médicinales sont sa capacité et son désir de partager avec la communauté les connaissances qu’il a acquises au long des quinze dernières années. Il accueille des groupes d’étudiants envoyés par leur école pour visiter la parcelle de terre. Il se rend dans des écoles pour y organiser des ateliers sur la culture et la préservation des herbes et des plantes en les séchant et en les conditionnant. Il prodigue de conseils à ses voisins sur la façon de développer son propre jardin ou sa propre production sur un toit. Il s’entretient avec des médecins, dont la plupart ne possèdent pas de connaissances approfondies sur les plantes médicinales.
 
Son engagement envers l’amélioration de l’environnement dans sa communauté se manifeste encore davantage à travers sa participation dynamique dans Mi Programa Verde (mon programme vert). Il a planté des plantes ornementales, dont beaucoup ont été récupérées parmi celles dont les gens s’étaient débarrassés, bordant un chemin long de dix à quinze mètres qui conduit de la rue au portail de la parcelle. Il a également planté plusieurs arbres entre le trottoir et la bordure de la rue en face de la parcela. Ce qui était autrefois un lopin de terre abandonné envahi par des déchets est à présent un espace vert, et Mi Programa Verde s’y porte bien.
 
Un autre exemple intéressant de contributions individuelles est celui du patio de la maison du docteur Raúl Gil, dans la ville de San Miguel del Padron. Le propriétaire est titulaire d’un diplôme de master en science en psychiatrie sociale et dirige un centre de santé mentale dans la ville de Regla. Après s’être intéressé à l’efficacité de la « thérapie végétale » pour le traitement de problèmes de santé mentale, il décida d’apprendre à cultiver des plantes pour en faire usage dans sa clinique, et il demanda de l’aide en 1995 auprès de Salcines (de l’UBPC d’Alamar). Il avait chez lui un jardin négligé avec un sol dur. À côté de sa maison se trouvait un site industriel désaffecté qui se transformait rapidement en un dépotoir à ordures infesté de rats et de cafards, et qui était le théâtre d’activités sociales « indésirables ». Le docteur Gil demanda au gouvernement local la permission d’exploiter ce site. Lorsque le gouvernement agréa à sa requête, il nettoya la « décharge » et il fallut vingt-trois allers et retours de camion pour se débarrasser des déchets.
 
À présent, un potager florissant a vu le jour dans son jardin et dans la parcelle qu’il utilise. Celui-ci produit de la salade, des betteraves, des poivrons, des haricots verts, des épinards, des oignons, des bettes, du persil, de la menthe et de la coriandre poussant dans de petits parterres ressemblant à de grosses conduites d’eau coupées en deux. Raúl Gil fait également pousser des bananes, des mangues, du tamarin, des mandarines, des figues, des goyaves, du citron et des pommes cannelles. Pour planter ces arbres fruitiers, le docteur Gil a creusé des trous de quatre-vingts centimètres de profondeur sur un mètre de diamètre dans le sol dur, avant de les remplir d’ une mixture de terre et de lombricompost afin qu’une pousse puisse être transplantée dans chaque trou. L’origan (qui dissuade des parasites) et le maïs (qui attire les insectes bénéfiques) sont cultivés pour leur action contre les organismes nuisibles et les margousiers et les arbres à nono fournissent une protection supplémentaire. Enfin, dernier élément et non des moindres, il a également planté des bonsaïs.
 
Les graines, comme d’autres intrants et l’assistance technique proviennent de la Tienda Consultorio del Agricultor. Le ministère de l’Agriculture fournit des substances organiques gratuitement. Raúl Gil a pour projet de se lancer dans la production de lombricompost à l’aide d’une ancienne baignoire dans le jardin. Des grenouilles sont utilisées dans une deuxième baignoire contre les moustiques.
 
Cependant, aucun des produits cultivés dans le patio n’est destiné à la vente. Comme c’est le cas pour la plupart des 60 000 patios à La Havane, toute la production est destinée à l’usage individuel ou partagée avec les voisins. Par conséquent, la contribution de ce patio à l’agriculture urbaine de La Havane ne se mesure pas tant en termes de production, mais plutôt en termes d’impact sur l’environnement physique et social de la communauté.
 
Cet impact sur l’environnement est plus grand que la description le laissait entendre jusqu’à présent. En effet, tous les samedis matin, un atelier éducatif sous la direction du docteur Gil et de son épouse est organisé pour une durée de deux heures dans le patio pour les enfants du quartier. Lors de ma visite, une douzaine de jeunes environ, la plupart âgés de moins de dix ans, y assistaient. La première moitié de l’atelier est consacrée à des enseignements et discussions théoriques sur un problème lié à l’environnement physique ou social et après une courte pause, la deuxième partie se consacre à une activité pratique dans le jardin. Les enfants apprennent à planter des graines et à faire pousser des plantes. Ils apprennent aussi à être sensibles à l’environnement, à se comporter correctement à la plage et à être respectueux les uns envers les autres. Ils prennent également part à des activités créatives telles que le dessin.
 
Le docteur Gil envisage ses activités ainsi que celles de ses enfants comme un développement communautaire qui met l’accent sur l’environnement : l’attitude à l’égard de l’environnement physique et social change à mesure où la nourriture est produite. Le succès de la transformation de chancres urbains en de magnifiques et productifs jardins, ainsi que celui de son projet impressionnant de développement communautaire avec des enfants lui ont valu une reconnaissance nationale.
 

Conclusion

 
On pouvait lire à la date du 8 juin 2008 : « Le programme agricole urbain de Cuba est un franc succès » comme titre d’un article issu d’Associated Press. C’est un succès à visages multiples. En effet, les deux derniers exemples illustrent un point essentiel de l’agriculture urbaine telle qu’elle est pratiquée de manière générale à La Havane et à Cuba : il ne s’agit pas simplement d’économie, c’est-à-dire de produire de la nourriture, ou même simplement de produire de la nourriture et de créer de l’emploi. Il s’agit également de développer la communauté, de préserver et d’améliorer l’environnement en apportant aux villes un mode de vie plus sain. En fait, lorsque le rédacteur en chef du Monde diplomatique, à un moment donné dans la centaine d’heures d’interview en 2005, demanda à Fidel Castro quelles étaient les mesures que la ville avait entreprises pour préserver son environnement, Castro fit allusion avant tout à l’agriculture urbaine.38
 
Tout comme pour l’impact sur la production de nourriture, l’on peut certainement conclure que grâce à l’agriculture urbaine, les résidents de La Havane ont un accès hautement amélioré à un approvisionnement en produits frais, non seulement en termes de qualité et, mais aussi en termes de diversité.
 
Même avec des contraintes en termes de ressources et d’intrants, rendues d’autant plus difficiles en raison de l’embargo américain, Cuba à toute les chances d’étendre son succès en agriculture urbaine grâce à ses innovations utiles et à ses améliorations de sa connaissance de base, de ses technologies et de son organisation sociale. Les ingrédients de base pour un tel succès sont déjà présents à Cuba : une population instruite ; un gouvernement central, social et engagé, qui met en avant le volet social et qui offre un soutien et une ossature organisationnelle à l’effort ; un vaste encouragement aux initiatives décentralisées et à la prise de décision par les producteurs, favorisant le recours à des solutions locales aux problèmes locaux.
 
L’agriculture urbaine à La Havane est un modèle d’autosuffisance qui mérite d’être imité. Cependant, attention ! Il peut s’avérer difficile, voire impossible de reproduire tous les facteurs qui ont fait le succès de Cuba à n’importe quel endroit. Toutefois, plus un pays avance dans cette direction, plus grandes sont ses chances d’aboutir à une société plus verte et plus humaine.
 
 
 
Notes
1.         Cependant, seuls 10 000 hectares sont utilisés pour l’agriculture. Le reste est destiné à l’élevage, à la sylviculture et à la production de fruits.
2.         Soledad Díaz Otero et Emilio García Capote, « Organización de la Investigación y su Infraestructura en el Sector Agraria », ouvrage collectif, Las Investigaciones Agropecuarios en Cuba : Cien Años Después (La Havane, 2006), 1-21; Libertad García López et José Luís García Cueva, « Investigación, Formación de Profesionales y Estudios de Posgrado en la Educación Superior Agropecuario en Cuba », ouvrage collectif, Las Investigaciones Agropecuarios en Cuba, 22–57.
3.         Raúl Castro Ruz, Desatar los Nudos que atan el Desarollo a las Fuerzas Productivas (La Havane : ACTAF, 1997).
4.         Moisés Sio Wong, « General y Agricultor, Una Experiencia », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2006) : 2–3.
5.         Eugenio Fuster Chepe, « Diseño de la Agricultura Urbana Cubana », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2006), 6.
6.         Grupo Nacional de Agricultura Urbana, Manual Técnico de Organiponicos y Huertos Intensivos (Ministerio de la Agricultura, Marzo, La Havane, 2007), 68–77.
7.         Nelso Companioni Concepción, La Agricultura Urbana : Un Sistema Alternativa de Produccion de Alimentos en Cuba, presentation powerpoint, dia 35, INIFAT, La Havane, 2007.
8.         Adolfo A. Rodríguez Nodals, Nelso Companioni Concepción, and Rosalia Gonzáles Bayón, « La Agricultura Urbana y Periurbana en Cuba : Un Ejemplo de Agricultura Sostenible », Powerpoint Presentation, slide 9, presented at the VI Encuentro de Agricultura Organica, May 2006, Havana.
9.         Adolfo A. Rodríguez Nodals and Nelso Companioni Concepción, « Situación Actual, Perspectivas y Retos de la Agricultura Urbana en Cuba », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2006), 4.
10.      Santiago Rodríguez Castellón, « La Agricultura Urbana y la Producción de Alimentos : la Experiencia de Cuba », Cuba Siglo XXI, no. 30 (June 2003), 85, accessible à l’adresse : www.nodo50.org/cubasigloXXI/economia2.htm.
11.       Fuster Chepe, « Diseño de la Agricultura Urbana Cubana », 6 (traduction de l’auteur).
12.      Adolfo A. Rodríguez Nodals, Nelso Companioni Concepción, and Maria Elena Herrería Martínez, « Las Granjas Urbanas en la Agricultura Cubana », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2006), 7–9.
13.      Ibidem., 8.
14.      Nelso Companioni Concepción, « Particularidades del Movimiento Extensionista en la Agricultura Urbana », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2006), 32.
15.      Rodríguez Nodals, « Síntesis Histórica del Movimiento Nacional de Agricultura Urbana de Cuba », 27.
16.      Nilda Pérez Consuegra, « Agricultura Orgánica : Una Visión desde Cuba », Agricultura Orgánica 8, no. 2 (2002),  11.
17.      Entretiens de l’auteur avec Salcines à UBPC Alamar et avec Companioni à INIFAT.
18.      Nelso Companioni Concepción, « Particularidades del Movimiento Extensionista en la Agricultura Urbana », 32; Grupo Nacional de Agricultura Urbana, Lineamientos para los Subprogramas de la Agricultura Urbana para 2008–2010 y Sistema Evaluativo (Ministerio de la Agricultura, Febrero : La Havane, 2007), 88-103.
19.      Entretien avec A. Falcon.
20.      Calculs de l’auteur fondés sur : Companioni Concepción, La Agricultura Urbana : Un Sistema Alternativa de Produccion de Alimentos en Cuba, slide 6; Grupo Provincial de Agricultura Urbana en la Ciudad de la Habana, La Agricultura Urbana en los Municipios de Ciudad de la Habana con Enfoque Sostenible u Agroecológico, presentation powerpoint, dia 4, Havana, 2006.
21.      Traduction de l’auteur.
22.      Rodríguez Castellón, « La Agricultura Urbana y la Producción de Alimentos : la Experiencia de Cuba », 86.
23.      Calculé par l’auteur sur base de données fournies par Companioni Concepción, « Particularidades del Movimiento Extensionista en la Agricultura Urbana », dia 6.
24.      Grupo Provincial de Agricultura Urbana en la Ciudad de la Habana, La Agricultura Urbana en los Municipios de Ciudad de la Habana con Enfoque Sostenible u Agroecológico, dia 6.
25.      Ibidem., dia 13.
26.      Basé sur le tableau no 1 dans Adela Cuba, Participacion en la Esfera de Sanidad Vegetalen el Movimiento Cooperativo de la Agricultura Urbana (Master’s Thesis, FLACSO, Universidad de la Habana, 2002), 62.
27.      Cuba, Participacion en la Esfera de Sanidad Vegetalen el Movimiento Cooperativo de la Agricultura Urbana, 64; Raisa Pages, « Una Ciudad Agroecológica », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2002), 17.
28.      Pages, « Una Ciudad Agroecológica », 18.
29.      Companioni Concepción, La Agricultura Urbana :Un Sistema Alternativa de Produccion de Alimentos en Cuba, slide 37.
30.      José Puente Nápoles, « La Agricultura Urbana Asume el Abastecimiento de Hortalizas a Círculos Infantiles, Escuelas y Hospitales », Agricultura Orgánica 12, no. 2 (2006), 22.
31.      Orlando Acosta Mirrelles, « Misión al 2007 », Agricultura Orgánica 12, no. 2, (2006), 14.
32.      Ibid.em, 15.
33.      Acosta Mirrelles, « Misión al 2007 », 14.
34.      Ronal Suárez Ramos, « Aumentaran Cultivos Semiprotegidos », Granma (Febrero 12, 2007), 2.
35.      Sauf indication contraire, toute information présente dans cette section est fondée sur mes observation et entretiens avec la population lors de ma visite.
36.      Gema González Hernández, Practicas Agroecológicas : Desarrollo y Limitaciones en las Cooperativas (UBPC) Urbanas (Master’s Thesis, FLACSO, Universidad de la Habana, 2005), 126.
37.      Falcon déclare : « J’ai commencé avec 100 verres, j’en possède à présent des millions. »
38.      Fidel Castro, My Life, ed. Ignacio Ramonet (London : Penguin, 2008), 400.