L’enjeu des élections au Venezuela?

Les élections présidentielles qui auront lieu au Venezulea cet automne, font déjà la une dans nos médias. Frappant, car de manière générale, les élections dans les pays de l’Amérique du Sud ne valent pas plus qu’une brève mention le jour même, entre un accident sur la E411 et un autre fait divers.
Le fait qu’entre maintenant et le mois d’octobre, nous serons régulièrement désinformés par les médias occidentaux, montre que l’enjeu est important.
 
Historique
 
Chávez a été élu pour la première fois en 1999. Le soutien électoral énorme provenait surtout des pauvres et des travailleurs, ce qui est souvent synonyme au Venezuela, soit, des 99%. Sa politique visait en grandes lignes à ne plus laisser disparaître les revenus de l’industrie pétrolière dans les poches de quelques-uns, mais de les utiliser par contre pour développer le pays socialement et économiquement. Environ deux tiers des revenus de l’entreprise pétrolière nationale PVDSA est consacré à des programmes sociaux. Soit quelque 7 billions de dollars en 2005, par rapport aux 77 millions de dollars dépensés par le gouvernement précédent en 1997 (1). Le gouvernement Chávez a mis sur pied toute une série de nouveaux programmes sociaux et a particulièrement investi dans l’enseignement et dans la santé publique. 
 
Depuis la présidence de Chávez, la pauvreté et la pauvreté extrême ont diminué de façon spectaculaire. Le revenu des couches les plus pauvres de la population a augmenté de 43 %, celui des classes moyennes de 18%. La pauvreté a diminué de 54% à 35% et le chômage est réduit de moitié, de 20% à 10%.
 
A côté de cela, il y a eu toute une série de tentatives pour relever la participation de la population au processus décisionnel politique : des référendums, des comités de quartier, des misiones, …(2) Les résultats sont indéniables. Il ressort d’une enquête étrangère indépendante qu’au cours de la dernière décennie, le degré de satisfaction par rapport à la démocratie a augmenté de 35 à 59%, ce qui est 23% plus élevé que la moyenne en Amérique latine. Dans les années à venir, Chávez veut continuer à développer le modèle du socialisme participatif dans son pays. Selon l’organisation patronale Fedecamaras, quelque 400 entreprises ont été nationalisées sous la présidence de Chávez, la plupart ces deux dernières années (3).
 
Tout cela ne plaît évidemment pas à l’oligarchie vénézuélienne ni à leurs amis à Washington qui voient leurs intérêts menacés. Depuis la première élection de Chávez, l’opposition a utilisé toutes sortes de méthodes pour saboter les élections. Au moment d’un référendum, les ouvriers dans les entreprises étaient mis sous pression pour voter contre les propositions de Chávez. Les élections présidentielles ont été boycottées une fois (pour éviter la déconfiture totale) mais depuis lors, on essaie de les gagner en représentant un seul candidat pour toute l’opposition. Jusqu’à présent, sans succès.
 
La popularité du président actuel reste immense, malgré la désinformation dans les médias nationaux (commerciales) et internationales. Cette fois-ci, l’opposition tentera sa chance à nouveau en représentant un seul candidat, Henrique Capriles, qui se profilera comme quelqu’un du ‘centre-gauche’. Ironiquement, on admet ainsi indirectement le succès de la politique de gauche de Chávez . Maintenant que les Vénézuéliens savent ce qu’est la gauche, la droite n’est apparemment plus une option.
 
Elections présidentielles en octobre
 
Ces dernières semaines, on a régulièrement spéculé sur l’état de santé du président actuel Hugo Chávez, étant donné qu’il s’est rendu à Cuba fin février pour un deuxième traitement de son cancer. Une affaire juteuse pour la presse, qui ne se sent visiblement pas liée par quelconque règle déontologique. Alors que l’information sur les cancers récents de Dilma Roussef et de Cristina de Kirchner restait tout compte fait assez sèche, les spéculations style presse à scandales sont inépuisables lorsqu’il s’agit de Chávez.
 
Mais l’opposition unifiée du Venezuela en rajoute encore. Leur candidat Capriles est maintenant dépeint comme le jeune président énergique dont le Venezuela a besoin face au ‘malade’ Chávez. En même temps, ils accusent Chávez de ‘tirer profit’ de sa maladie dans le combat électoral. Visiblement, la ladrerie de la campagne ne connaît pas de limites.
 
 
 
Quel est l’enjeu?
 
On peut se demander pourquoi l’opposition et certains médias jouent ce sale jeu. La raison est évidemment que l’enjeu politique est énorme pour le Venezuela. L’oligarchie et Washington sont depuis plus de 13 ans dans leurs petits souliers au Venezuela, qui de ce fait a perdu pas mal d’influence sur le continent. Actuellement, le pays semble se trouver à un carrefour. Soit, Chávez est réélu et le socialisme sera construit davantage pendant les années à venir, alors que le pouvoir des forces de droite s’effrite de plus en plus. En même temps, le parti de Hugo Chávez – le PSUV, le parti socialiste unifié du Venezuela – aurait le temps pour préparer la succession du dirigeant. Pour les ‘1%’, ce scénario est un cauchemar.
 
Soit, l’opposition réussit à gagner les élections. Ce que cela signifierait devient de plus en plus clair. Capriles s’est déjà prononcé pour le retour vers une ‘économie ouverte’, lisez: libéralisations et privatisations; pour la reprise des négociations avec le FMI, lisez: rendre les rênes à la belle-mère du Nord ; et pour la modification de la mission sociale de la société nationale de pétrole PVDSA, lisez : supprimer tous les revenus du secteur pétrolier destinés aux projets sociaux. Voilà le scénario idéal pour ce même 1%. Tous les moyens sont bons pour vendre ce scénario aux ‘99%’ qui perdraient lourdement. L’automne sera chaud au Venezuela.
 
Hasta la Victoria siempre!
 
 
(1)       FT 12/3/2007, p. 13
(2)       ‘Mision’ est le nom des nouveaux programmes sociaux, entre autre au niveau de l’enseignement et de la santé publique.
(3)       The Economist 20/11/2010, p. 54.