La révolution cubaine, pas à pas

Le 1er janvier 1959, après seulement deux ans de guérilla, Fidel et ses camarades réussissent, avec le soutien de toute la population, à chasser le dictateur Batista. Mais il faudra encore attendre plus de deux ans avant que le caractère socialiste de la révolution ne soit proclamé.

Le premier gouvernement provisoire compte quelques membres à peine du « Movimiento 26 de julio », le mouvement fondé par Fidel. Le président, Manuel Urrutia, est un avocat conservateur issu de la bourgeoisie, qui sous la dictature décide, pour des raisons purement humanitaires, de défendre les membres du Movimiento. Fidel choisit de contrôler les événements aux côtés du peuple. Mais le Premier ministre refuse d’appliquer la moindre mesure progressiste. Le peuple descend dans la rue et exige que Fidel prenne sa place, ce qu’il fait. Avec Fidel premier ministre, le gouvernement promulgue en 1959 une première série de lois, et notamment la diminution du prix des loyers, de l’électricité et des médicaments, un salaire minimum garanti, etc. Au mois de mai, les grands propriétaires terriens sont expropriés et leurs terres sont distribuées à ceux qui les cultivent. Rien de vraiment radical, mais pour les États-Unis c’est là le signal que la révolution cubaine est quelque chose de sérieux. Ils vont alors mettre au point divers plans visant à étouffer cette révolution cubaine.

Les événements se précipitent

C’est également le début d’une lutte interne entre les membres du gouvernement cubain, opposant les révolutionnaires, d’une part, et les réformistes, d’autre part. La coopération entre l’anticommuniste Urrutia et le premier ministre Fidel Castro est devenue impossible. Fidel décide de démissionner. De nouveau, le peuple descend en masse dans les rues. Résultat, Urrutia plie bagages et Fidel reprend son mandat. Osvaldo Dorticos, lui aussi avocat, fidèle aux objectifs de la révolution, est élu président. La révolution peut alors poursuivre son élan.

Les États-Unis répondent avec des bombes

Aux États-Unis, l’hystérie anticommuniste lancée par Joseph McCarthy dans les années 1950 reste présente. Le président Eisenhower approuve un programme visant à saper la révolution cubaine, avec le soutien de groupes contre-révolutionnaires. Le programme prévoit des attaques armées, mais aussi des plans d’assassinat de Fidel Castro. L’économie est pourtant encore en grande partie aux mains des anciens capitalistes, souvent américains.

En janvier 1960, les États-Unis intensifient leur agression. Ainsi, lorsque Cuba signe un accord avec l’Union soviétique pour l’importation de pétrole, les raffineries américaines implantées à Cuba refusent de le raffiner. Cuba décide alors de nationaliser ces raffineries. En juillet, Washington refuse d’acheter le sucre cubain. Le sucre constitue la principale source de revenus de l’île, et, depuis le début du 20e siècle, toute la récolte est destinée au marché américain. Cuba décide alors de nationaliser toute une série d’entreprises américaines.

Le socialisme construit au nez et à la barbe des États-Unis

De leur côté, les États-Unis organisent l’isolement diplomatique de Cuba et intensifient les agressions. Dans les montagnes de l’Escambray, une guérilla contre-révolutionnaire est mise en place, les « guérilléros » sont recrutés et armés par la CIA. Ils vont semer la terreur parmi les paysans, perpétrant massacres et incendies. 

A la fin de l’année 1960, les principales entreprises ont été nationalisées et pratiquement tous les membres de la haute bourgeoisie ont quitté le pays. Le pouvoir politique est consolidé et les forces réactionnaires sont réduites à néant. La forte confrontation idéologique et la lutte anti-impérialiste menée contre les États-Unis n’ont fait que renforcer le soutien de la population. On peut alors jeter les fondations pour l’étape suivante : l’approfondissement de la révolution et la construction du socialisme.

* L’auteur est également présidente de l’association de solidarité Initiativa Cuba Socialista

source: Solidaire