La santé peut aussi survivre en temps de crise

Pol De Vos de l' 'Instituut Tropische Geneeskunde' Anvers
Même en temps de crise dramatique, lorsque le produit intérieur brut s’effondre, il est possible d'avoir une bonne santé publique. Si l'on est prêt à renforcer la santé publique. «Regardez, par exemple à Cuba dans les années nonante», disent des chercheurs de l'Institut de Médecine Tropicale. La revue Tropical Medicine and International Health a posté leur article sur l'Internet, avant la date de la publication sur papier.
 
Depuis 2008, il ya une crise mondiale, avec toutes les conséquences économiques et sociales. Des pays comme le Portugal et la Grèce souffrent en ce moment, et cherchent désespérément des économies. Des mesures sévères d'austérité et la limitation des dépenses de sécurité sociale et les soins de santé sont au programme. Mais aussi dans d'autres pays européens on envisage des économies de soins de santé. Dans les milieux médicaux on a aussitôt averti que la santé publique ne peut pas être mise en danger, ou carrément qu'elle est en danger.Cela n’est pas inévitable, selon une étude sur la crise des années nonante, par le département d'épidémiologie à l'Institut de Médecine Tropicale.
 
Pendant les années nonante - la première décennie de la mondialisation - beaucoup de pays en voie de développement ont été touchés par une grave crise économique. Leur produit intérieur brut a fortement baissé: Argentine - 22%, Pérou - 30%, Indonésie - 14%, la Russie - 42%, Cuba - 38%. Le déclin de l'économie a conduit à un chômage massif, un pouvoir d'achat en baisse, ...Les réductions dans les dépenses sociales et les soins de santé ont principalement touché les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables. En Russie, le taux de mortalité de la population adulte entre 1990 et 1994 s’est accru de 30%, par l'instabilité sociale, la malnutrition, la dépression, l'alcool et le démantèlement des soins de santé. En Janvier 1998, la roupie indonésienne a perdu 80 pour cent de sa valeur, la médecine privée n’était tout à coup plus abordable pour un grand nombre et le système de santé publique a été perturbée. Au Pérou et en Argentine la mortalité infantile a augmenté de manière significative.
 
Cuba a suivi un chemin différent, selon une étude menée par Pol De Vos et ses collègues. En 1989, l'Union soviétique, grand client et doneur, a disparu, et peu après les États-Unis aiguisé leur embargo. Quatre-vingt pour cent des importations et des exportations ont chuté dans un très bref laps de temps. Le produit intérieur brut a plongé de 38,5%. Il y avait pénurie alimentaire. Mais malgré ça Cuba a pu préserver la santé de et le bien-être de ses habitants. Ils ont refusé les exigences du FMI, et ont maintenu la redistribution sociale.
 
Malgré la crise un large éventail d'indicateurs de santé s’est même encore amélioré, y compris la mortalité infantile et l'espérance de vie. Les chercheurs ont constaté une forte corrélation entre l’augmentation des dépenses publiques et l'espérance de vie et la santé et la baisse de la mortalité infantile. Toutefois, le nombre d'enfants ayant un poids insuffisant à la naissance a monté temporairement (mais en 2000, était déjà inférieur à celui de 1989). Le nombre de cas de tuberculose a augmenté, atteignant un sommet en 1995. Tous deux étaient une conséquence de la pénurie alimentaire, selon les chercheurs.
 
On pourrait s'attendre à ce que la forte baisse du produit intérieur brut mène à une détérioration dramatique de la santé des Cubains. Mais le gouvernement a insisté sur le meilleur maintien possible des besoins de base de l'ensemble de la population. Les mesures économiques et sociales ont été largement débattus dans les usines et dans les quartiers. Seules les mesures qui pourraient compter sur un large soutien populaire ont été appliquées.
 
Essentiel pour ces résultats dans l'ensemble très encourageants était que Cuba a renforcé sa santé publique, en particulier dans les soins de santé primaires, selon l'analyse. Les services de santé devenaient une priorité et sont restés libres, le nombre de médecins a triplé et ils ont payé une attention particulière à la prévention.
La Belgique (ou la Grèce) ne sont pas Cuba, et chaque pays a son propre système de santé, selon De Vos,, mais il est toujours bon de regarder par-dessus le mur.
 
Pour la redaction:
“De Vos P, García-Fariñas A, Alvarez-Pérez A, Rodríguez-Salvá A, Bonet-Gorbea M, Van der Stuyft P. Public health services, an essential determinant of health during crisis. Lessons from Cuba, 1989-2000.” Parait dans Tropical Medicine and International Health.
 
Contact:
Pol De Vos, premier auteur, 03 247 62 85, pdevos@itg.be
Prof. Patrick Van der Stuyft, auteur final 03 247 62 97, pvdstuyft@itg.be