Mandela fêté à Cuba
Dans la Maison africaine de la Havane, une grande conférence sur Nelson Mandela a été organisée à l'occasion de son anniversaire. Les ambassadeurs de la République du Congo, du Zimbabwe, de l’Algérie et du Ghana étaient présents, ainsi que le Dr. Rodolfo Puente Ferro, président de l’Union amicale Cuba-Afrique. Les médias se sont de plus étendu sur la vie du combattant de la liberté et qui plus est, détenteur du Prix Nobel de la Paix.
Que Mandela reçoive une attention si particulière à Cuba n’est pas étonnant. Le pays a des liens historiques très forts avec le Sud de l’Afrique et avec l’Afrique du Sud en particulier. L’histoire débute avec l’indépendance de l’Angola en 1975. En octobre de cette année, un mois avant que l’indépendance ne soit proclamée, des troupes sud-africaines envahissent le pays dans le but de renverser le MPLA (Mouvement pour la libération de l'Angola). Un régime marxiste en Angola aurait pu effectivement nuire à leur contrôle sur la Namibie. Sans aide, le MPLA n'aurait probablement pas pu résister et l’Afrique du Sud aurait ainsi également obtenu le contrôle sur l’Angola. L'Union soviétique se montrant très discrète, le MPLA se tourne vers Cuba afin d'obtenir une assistance militaire. Cuba envoie 36.000 hommes et arrive à stopper l'envahisseur sud-africain. En mars 1976, les troupes de l’apartheid se retirent. L’affaire n’est cependant pas encore tout à fait conclue. En 1977, il y a une rébellion au sein du MPLA. Nito Alves, un fidèle de Moscou, commet un coup d'état envers le dirigeant Agostinho Neto. Ce coup ne peut être déjoué que grâce aux troupes cubaines qui combattent à côté des combattants loyaux du MPLA.
Dans les années quatre-vingt, Cuba entre à nouveau en action. L’Afrique du Sud remarque que l'Union soviétique est affaiblie et elle prépare alors une offensive dans le Sud de l’Angola. Avec l'UNITA, l’armée rebelle soutenue par la CIA, l'Afrique du Sud décide d'attaquer en novembre 1987. Sur demande des autorités angolaises, Cuba envoie immédiatement plus de 50.000 soldats. Après quelques semaines de combats très rudes à Cuito-Cuanavale, l’armée sud-africaine est battue. Elle se retire de l’Angola et ensuite de la Namibie. Cette punition stratégique constitue non seulement une défaite militaire mais c'est également un coup au moral. Cela mène finalement à l’abolition de l’apartheid. Cela apporte aussi une contribution importante à la délivrance du Zimbabwe. Au total au cours des différentes missions, 400.000 Cubains auront combattu en Angola parmi lesquels plus de 2.000 y laissèrent la vie. (2)
Après sa libération, Mandela parle de l'engagement cubain de la manière suivante : « Nous avons un grand sentiment de redevabilité envers le peuple cubain. Quel pays peut montrer un tel dévouement altruiste comme Cuba l'a fait avec l’Afrique ? Combien de pays de par le monde peuvent bénéficier des travailleurs de santé et des professeurs cubains ? Quel pays a jamais demandé en vain l’aide cubaine ? Combien de pays menacés par l’impérialisme ou qui ont combattu pour la liberté nationale ont pu compter sur le soutien de Cuba ? C'est en prison que j'ai entendu parler pour la première fois de l'aide gigantesque que les troupes de volontaires cubains ont offert au peuple angolais. Tellement grande !.... que l’on hésite à y croire.
En Afrique, nous sommes habitués à être les victimes de pays qui veulent nous voler notre territoire et abolir notre souveraineté. Ce n’est jamais arrivé dans l’histoire africaine qu’un autre peuple ait pris les armes afin de nous défendre.
La défaite écrasante de l’armée raciste à Cuito Cuanavale fut une victoire pour l’Afrique entière !....Sans la défaite de Cuito Cuanavale, la mainmise sur nos organisations n’aurait jamais été abandonnée ! La défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale a rendu possible que je sois ici aujourd’hui ! Cuito Cuanavale a constitué un revirement dans le combat pour la liberté du continent et pour notre pays dans le combat contre le spectre de l’apartheid. La défaite significative à Cuito Cuanavale a définitivement changé les rapports de forces dans la région Et a diminué substantiellement la capacité du régime de Pretoria à déstabiliser ses pays voisins. ».
Cuba fut le premier pays que Mandela ait visité après sa libération.
Notes
(1) Cité dans Jayatilleka D., Fidel’s Ethics of Violence. The Moral Dimension of the Political Thought of Fidel Castro, Londen 2007, p. 108.
(2) Pour plus d'explications: voir Demuynck K. & Vandepitte M., Factor Fidel, Antwerpen 2008.
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