Ouvrir les murs

Propos tenus par Ricardo Alarcon dans l’acte politico-culturel «Leur nom est peuple », à l’occasion du 12ème anniversaire de l’emprisonnement injuste et cruel de Cinq Héros cubains, combattants anti-terroristes.
11 septembre 2010.

Camarades

Gerardo, Ramon, Antonio, Fernando et René purgent, dans les prisons des Etats-Unis, une injuste et cruelle peine de 12 ans d’emprisonnement. Injuste, parce qu’ils n’ont commis aucun crime ni causé aucun tort à personne mais, au contraire, ont sacrifié leurs plus belles années de jeunesse pour sauver leur peuple et lui éviter des complots criminels, luttant sans armes contre de dangereux bandits, sans recourir à la force ni à la violence. Cruelle, parce qu’un châtiment pervers les condamne à souffrir loin de leur patrie et de leurs familles qui affrontent de nombreux obstacles pour pouvoir leur rendre visite et, dans le cas de Gerardo et René, les prive même de la visite de leurs épouses.

Les accusations formulées contre eux étaient complètement fausses, dénuées de toute preuve ou fondement. A Miami, base de terroristes contrôlant la ville, les médias et une grande partie de l’activité économique et politique, ils furent soumis à une sordide farce judiciaire. Une ville qui sombra dans la honte dès lors qu’une populace arrogante enleva Elian Gonzalez, un enfant de 6 ans, foulant aux pieds la Loi et provoquant le chaos pour empêcher le renvoi de l’enfant séquestré à son père.

Prétendre que, dans cette atmosphère de haine et de violence contre Cuba, allaient être jugés avec impartialité cinq patriotes cubains, venus là pour lutter contre cette mafia, représentait une insulte au bon sens et à la décence. C’est à la énième demande de Washington qu’un gouvernement immoral, sachant ce qu’il faisait, exigea que les Cinq soient jugés à Miami et nulle part ailleurs. En fait, il s’agissait d’une attitude cynique et démagogique cherchant à s’attirer les bonnes grâces d’une foule exaltée, irritée par la solution du cas Elian.

En 2005, la seule sentence honnête dans tout ce conflit fut quand le groupe d’experts de la Cour d’Appel décida à l’unanimité d’annuler le procès pour en ordonner un nouveau, jugement historique argumentant le fait que ce procès s’était déroulé à Miami, violant ainsi la Constitution nord-américaine.

Dans un geste sans précédent, le Gouvernement fit pression sur la Cour d’Appel pour renverser la décision de ses juges.
Depuis lors, la bataille judiciaire s’est poursuivie dans des conditions très difficiles réduisant chaque fois plus les chances d’une solution par des moyens légaux.

Je vous prie de m’excuser de vous ennuyer avec des explications juridiques et un jargon technique.

Je veux juste que vous vous demandiez : « Pourquoi cette affaire est-elle si compliquée ? ».

La réponse est très simple : parce que ceux qui sont censés divulguer les informations s’ingénient, dans le cas présent, à les dissimuler.

Ce que j’ai dit jusqu’à maintenant sont des données qui auraient dû accaparer l’attention des médias. Ce ne fut pas le cas et, 12 ans après, on en est toujours au même point.

Le procès le plus long de l’histoire américaine ne fut pas relaté dans les grands médias, ni les témoignages antérieurs de généraux, amiraux et conseillers à la Maison Blanche, ni la confession de forfaits par une lignée de criminels, certains s’exhibant en tenues de combat, ni la défense ardente du terrorisme anti-cubain que fit le Tribunal pendant 7 mois avec une totale mauvaise foi, ni son acharnement à infliger aux accusés les pires sanctions de 4 condamnations à perpétuité plus 77 ans de prison, ni son insistance pour que, en plus des peines disproportionnées, des mesures soient prises pour interdire toute demande de recours, ni l’attitude de la juge qui a accédé aux demandes les plus insolites du gouvernement. Rien de tout cela ne fut rapporté.

L’histoire se répète. Il y a près d’un siècle, dans une affaire qui résonne encore dans les mémoires comme une injustice flagrante, deux immigrants italiens, Sacco et Vanzetti, furent condamnés et exécutés de façon arbitraire. Leur innocence fut reconnue il n’y a pas si longtemps, trop tardivement évidemment.
Pourtant, à cette époque, quand il était encore possible de contrer cette injustice, un éminent juriste américain a tenté de les sauver. Son généreux effort s’est résumé en une phrase : « Please, read the transcripts » (« S’il vous plaît, lisez les attendus »).

Celui qui aurait lu les comptes rendus du procès se serait rendu compte que Sacco et Vanzetti étaient innocents.

C’est actuellement la même chose. Tout est écrit. Celui qui veut connaître la vérité n’a qu’à consulter le site officiel de la Cour du district Sud de Floride et chercher l’affaire « Etats-Unis contre Gerardo Hernandez ». Celui qui le fera verra que Gerardo et ses compagnons sont innocents, qu’ils n’auraient jamais dû être arrêtés ni inculpés, qu’ils n’auraient jamais dû être emprisonnés, qu’ils ont été et sont encore victimes d’une monumentale machination. Il comprendra aussi que cette infamie s’est produite parce que le gouvernement américain a voulu protéger les groupes terroristes anti-cubains qu’il a engendrés et couverts. Il serait choqué de découvrir que, en résumé, ce gouvernement est coupable de terrorisme.

Celui qui le fera pourra lire que Washington a officiellement admis, par écrit, qu’il n’avait aucune preuve pour accuser Gerardo de la faute la plus grave, lui qui souffre d’une double peine à perpétuité. Sachez que toute la Cour d’appel a reconnu qu’aucun des Cinq n’a rien fait qui menace la sécurité des Etats-Unis ni rien qui ressemble, même de loin, à de l’espionnage.

Mais il arrive que, croyant s’informer sur ce qui se passe dans le monde, beaucoup de gens sont en réalité conditionnés par les grands médias (presse écrite et télévision) se trouvant sous le contrôle de l’Empire.

Nous devons être capables de créer de nouveaux moyens pour informer, afin que la vérité soit connue de tout le monde. Certains se serviront de la poésie, de la peinture, de la chanson, d’autres utiliseront les nouvelles technologies.

Jour et nuit, sans répit ni fatigue, ne jamais oublier que Gerardo, Ramon, Antonio, Fernando et René ont sacrifié leur vie pour nous, et que ce sont eux qui ont pris la tête de la lutte pour leur liberté.

Récemment, quand le ministère public consentit quelques réductions partielles des peines pesant sur Ramon, Antonio et Fernando, il reconnut que son but était de tenter de contenir la montée du mouvement qui, à travers le monde, exigeait la libération de nos camarades.

Quelle meilleure preuve de la nécessité de multiplier, d’amplifier et d’approfondir les actions de solidarité ?

Pour cela, profitons de tous les moyens. Que la solidarité grandisse, qu’ils soient des millions à réclamer au président Obama de faire ce qu’il peut et doit faire, c’est-à-dire libérer immédiatement les Cinq, sans conditions et sans exclure personne.

Bientôt, l’administration Obama devra se prononcer sur la demande d’habeas corpus en faveur de Gerardo à qui aucun recours n’est autorisé. Notre camarade se trouve dans cette situation à la suite du refus de la Cour Suprême de réviser son cas comme l’avaient réclamé dix Prix Nobel, plusieurs parlements et des centaines de parlementaires, de juristes, de personnalités et institutions religieuses, de défenseurs des droits de l’homme, dans un mouvement planétaire dont l’étendue est sans précédent. Malheureusement, sur instructions de la représentante de l’administration, la Cour a choisi d’ignorer l’opinion mondiale.

Exigeons d’elle que ne se renouvelle pas un tel étalage de mépris pour l’opinion publique.

Camarades !

Sur le site Web du Tribunal de Miami, la situation de Gerardo est décrite en deux mots : « affaire clôturée ».

A nous, il incombe de l’ouvrir. Par une dénonciation constante, par une mobilisation permanente, par nos voix auxquelles se joindront beaucoup d’autres, jusqu’à ce que lui et ses 4 frères retournement libres dans leur patrie et s’unissent à nous dans une harmonie durable.

Jurons de ne pas nous décourager dans cette lutte jusqu’à la victoire finale.

trad:Laura Ragugini