Une génération a déjà grandi avec les 'Cinq Cubains'
Le 12 septembre, cela fera 13 ans que les “Cinq Cubains” sont détenus aux Etats-Unis, malgré un rapport de l'ONU dénonçant leur détention arbitraire et un rapport d'Amnesty International demandant leur libération. Les cinq ont été arrêtés à Miami en 1998, accusés d'avoir infiltré les réseaux criminels agissant contre l'île depuis la Floride. Metro a rencontré un de ces Cinq Cubains: Gerardo Hernandez, qui a écopé d'une double peine à perpétuité plus 15 ans.
“les cinq Cubains” sont devenus à Cuba un symbole national. Vous recevez énormément de soutien. C'est une grande responsabilité à porter?
“oui, en effet, surtout que cela fait 13 ans que cela dure! D'autant plus que dans notre cas, nous ne sommes pas mis à l'honneur pour une occasion spéciale ou un jour spécifique, à la suite duquel la vie reprend son cours habituel. Il y a déjà une génération de petits Cubains qui ont grandi avec 'les Cinq Cubains'. Ceci nous oblige à rester fort, même dans cette situation parfois désespérée. Mais d'un autre côté, vous ne pouvez pas imaginer tout le soutien que cela nous apporte lorsque l'on reçoit une lettre d'un petit Cubain qui écrit qu'il connaît notre histoire, qu'il voudrait être aussi fort que nous et qu'il nous souhaite encore beaucoup de courage.”
Avez-vous un certain contrôle sur les campagnes de soutien?
“Oui, nous sommes au courant mais les conditions restrictives dans lesquelles nous sommes emprisonnés, avec une communication très limitée avec le monde extérieur, font en sorte qu'il est difficile pour nous d'avoir une influence directe sur les campagnes. Nous sommes néanmoins consultés le plus souvent possible. Ainsi, j'ai par exemple réalisé le cinq avec le drapeau cubain intégré qui est depuis longtemps le symbole de notre campagne pour notre liberté. En fait, c'est surtout notre famille à Cuba qui est impliquée. Ils sont nos meilleurs ambassadeurs et sont très actifs dans la campagne. Le gouvernement cubain et les institutions cubaines et toutes les associations les soutiennent. Cela est extrêmement important. Cela nous donne la marge de manoeuvre dont nous avons besoin pour progresser et pour démolir le mur du silence autour de notre cause.”
Voyez-vous la lumière au bout du tunnel avec l'élection de Barack Obama, un président démocrate?
“Pour être honnête, avec Obama cela n'a pas changé tant que ça. Il a annulé certaines mesures qui avaient été prises à l'encontre de Cuba, mais fondamentalement il n'a rien fait de plus que de revenir à la situation telle qu'elle était avant que Bush ne soit président. Nous avons besoin d'un président américain, démocrate ou républicain, qui ne soit pas pris en otage par ce petit lobby anticubain de Miami. Il est temps que quelqu'un ose entrer dans une politique où les deux, Américains et Cubains, seront bénéficiaires.”
Pourquoi est-ce si difficile de vous visiter? Même pour votre famille?
“Je suis enfermé dans une prison de haute sécurité. Cela signigie que je n'ai que le droit de visite de dix personnes approuvées par la prison et que je n'ai aucune emprise sur leurs décisions arbitraires. Il y a aussi le problème des visas. Les autorités américaines décident de qui parmi les membres de notre famille peut, oui ou non, recevoir un visa d'entrée. Ma femme, Adriana, s'est vu refuser un visa d'entrée pour 13 ans, sans qu'aucun motif ne soit donné. Elle ne peut donc pas venir me visiter et ceci est particulièrement lourd pour des jeunes gens comme nous.
Enfin il y a les problèmes de logistique. Nous sommes tous enfermés dans cinq prisons différentes, réparties dans les cinq coins des Etats-Unis, difficilement accessibles si vous n'avez pas de voiture par exemple. Partout, nous avons dû aller chercher un réseau de soutien. Si ma soeur ou mon neveu viennent pour un mois afin de pouvoir me voir trois ou quatre fois, pendant le WE, ils doivent payer un mois entier d'hotel. L'immigration leur interdit de loger chez des particuliers. Vous comprenez que cela représente un coût énorme. Il y a aussi des troubles à tout bout de champ dans la prison. Les personnes qui sont emprisonnées ici le sont souvent à perpétuité, il y a beaucoup de désespoir et de violence réciproque. La prison est à chaque fois placée sous régime restrictif pour un ou plusieurs jours. Les visites ne sont alors plus autorisées. Il est ainsi facile de pouvoir sortir un mois de Cuba et de ne pas pouvoir rentrer la moitié du temps. C'est vraiment très difficile.»
Comment pouvez-vous tenir?
“L'appui que nous recevons de tant de gens à travers le monde est vraiment énorme. En '98, lorsque j'ai été enfermé tout seul pendant des mois, c'était un véritable enfer. Nous étions complètement seuls. Maintenant c'est totalement différent. Le soutien de nombreuses personnes dans le monde est une véritable source d'énergie. Plusieurs ministres des affaires étrangères de votre pays par exemple, y compris l'actuel Premier ministre, ont parlé de notre cause, c'est un soutien inestimable. Je remercie d'ailleurs les gens d'Amnesty International Belgique. Le fait de savoir que le monde ne nous oublie pas et que des gens travaillent sur notre cas nous permet de tenir.»”

Katrien Demuynck, Gerardo Hernández et Marc Vandepitte, 18 07 2011
Sources: métro et notes personnelles
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