Brésil : Dilma Rousseff, la présidente anti-Bolsonaro, à ManiFiesta

Présidente du Brésil de 2011 à 2016, Dilma Rousseff a été destituée par un coup d’État en 2016. Lula, son prédécesseur, est lui en prison suite à un procès ridicule mené par un juge maintenant ministre de la Justice du président d’extrême droite actuel, Jair Bolsonaro.

Le crime des deux ex-présidents progressistes ? Avoir mené des politiques... progressistes... Dilma Rousseff sera à ManiFiesta ces 21 et 22 septembre prochains.

Dilma Rousseff fut présidente du Brésil, ce pays gigantesque de 208 millions d’habitants et géant économique d’Amérique latine, de 2011 à 2016. Elle a été destituée par un coup d’État en 2016. Et l’ex-président Lula Da Silva, son prédécesseur, a été mis en prison suite à une mascarade de procès mené par un juge aujourd’hui ministre du président d’extrême-droite Bolsonaro.

Le crime des gouvernements de Lula et Dilma?  Des programmes sociaux qu’ils ont lancés et qui ont sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté. La déforestation de la forêt amazonienne par le secteur de l’agro-business a été freinée. Le Brésil a adopté une politique plus indépendante par rapport aux Etats-Unis et a, de ce fait, pris part au tournant à gauche des pays latinos durant les années 2000. C’est précisément cette politique progressiste qui dérangeait l’élite brésilienne (et américaine). Bolsonaro, l’extrémiste de droite aujourd’hui au pouvoir, ami de Trump, fait aujourd’hui exactement l’inverse. Mais Dilma Rousseff n'a pas dit son dernier mot. Bien avant l'arrivée de Bolsonaro, elle luttait déjà contre la dictature. Un séjour en prison lors duquel elle sera torturée en fera un symbole de la résistance.

Qui est Dilma Rousseff ?

La dictature brésilienne (1964-1985) est dans sa phase la plus répressive lorsque Dilma Rousseff rejoint un groupe armé de guérilla contre la dictature. Celle-ci avait suspendu la Constitution, dissous le congrès, supprimé les libertés individuelles et instauré un code de procédure pénale militaire qui autorisait l’armée et la police à arrêter, puis à emprisonner tout « suspect », hors de tout contrôle judiciaire. Dilma fut elle-même arrêtée en 1970, torturée pendant 22 jours et a ensuite passé trois années derrière les barreaux suite à sa condamnation par un tribunal militaire.

Le Parti des Travailleurs, le PT, est né de cette résistance qui visait à mettre un terme à la dictature militaire, de la campagne pour la libération des prisonniers politiques et des dures grèves dans la région industrielle de São Paulo. Dilma Rousseff rejoint le PT en 2001. En 2003 Lula da Silva, le populaire leader syndicaliste et fondateur du PT, gagne les présidentielles. Dilma est nommée ministre dans la foulée. Après deux mandats présidentiels (2003-2010), Lula ne peut se représenter aux élections. Dilma Rousseff est la candidate du PT. Elle gagne les élections et devient la première femme Présidente du pays.

Les grandes avancées sociales des gouvernements du PT

Sous les deux législatures de Lula (2003-2006 et 2007-2010) de nombreux programmes sociaux sont mis en œuvre. Dans un contexte économique mondial plus difficile, Dilma les poursuit. Le programme « bolsa Família » (en français, « bourse familiale »), introduit par Lula en 2003, touchait en 2016 pas moins de 14 millions de familles. La bolsa familia fait partie du programme global « fome cero » (faim zéro) et accorde des allocations en cash aux familles les plus pauvres, avec la condition que les enfants soient scolarisés. Au-delà des résultats immédiats en terme de sécurité alimentaire et d’éducation, des effets secondaires positifs se sont fait ressentir : une (légère) diminution des inégalités, une augmentation du taux de scolarisation des enfants et adolescents ou encore, sur le plan de la santé, la réduction de 17 % du taux de mortalité infantile et la réduction de la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté (de 12 % à 4,8 %). Un autre terrain sur lequel les gouvernements PT ont marqué des points au bénéfice des travailleurs est la question des salaires : entre décembre 2002 et décembre 2010, le salaire minimum a augmenté de 54 % en termes réels.  47 millions de personnes en ont directement bénéficié, des travailleurs comme des retraités, puisque la pension minimale est indexée sur le salaire minimum. Le gouvernement Dilma a poursuivi la politique de revalorisation du salaire minimum, mais à un rythme moindre (augmentation de 18,74 % en termes réels entre 2011 et 2014).

En octobre 2014, Dilma est réélue pour un deuxième mandat. Le Brésil traverse alors une période plus difficile, avec une baisse de la consommation et une baisse des cours des matières premières sur les marchés internationaux, ce qui la conduit à restreindre les dépenses, touchant, entre autres, les programmes sociaux gigantesques. Il faut aussi savoir que le gouvernement de Dilma était un gouvernement de coalition, formé avec des partis de centre et de droite. Lors de son second mandat, le PT ne forme que le 2e groupe au parlement, avec 58 députés (sur un total de 513). Le parti du vice-président, Michel Temer, possède quant à lui 69 députés et défend une politique de droite libérale assez radicale. Une situation doublement complexe dans laquelle la conjoncture internationale économique n’est pas favorable et où la droite, partenaire de coalition, tente de réduire les programmes sociaux à peau de chagrin. C’est dans ce contexte que Dilma a œuvré pour sauver l’essentiel des politiques progressistes.

Les politiques écologiques

Les images de l’Amazonie en train de brûler a choqué le monde entier. Des millions d’hectares partis en fumée et des milliers de départs de feu boutés volontairement par les hommes de main de l’agro-business. Le soja et l’élevage bovin prolifèrent au Brésil, dopés par une demande extérieure qui ne cesse de croître. Le gouvernement de Bolsonaro encourage ouvertement ces pratiques de brûlis. L’Amazonie n’est pas rentable, pense-t-il. Y produire de la viande et des agrocarburants, oui. Cette dynamique de gagner du terrain sur la forêt amazonienne ne date malheureusement pas de Bolsonaro. Elle était déjà en marche lors des gouvernements du PT de Lula et Dilma, et même avant : le syndicaliste et environnementaliste Chico Mendes fut assassiné en 1988 par des tueurs à gage de grands fermiers car il luttait déjà à l’époque pour défendre l’Amazonie. Mais Lula et Dilma s’attaquèrent au problème de la déforestation à bras le corps. Notamment en lançant en 2008 un fond international pour la protection et le développement durable en Amazonie. Grâce aux mesures qu’ils ont mis en place durant leurs présidences entre 2003 et 2016, le taux de déforestation a été divisé par trois en passant de plus de 20 000 km2 par an à 6 000 km2.

Le Brésil et la géopolitique

Le Brésil est la 8e économie mondiale. Ses initiatives politiques et économiques ont dès lors une influence dans l’équilibre mondial. En ce sens, il n’y a pas que les anciennes élites politiques et économiques brésiliennes qui ne se réjouirent pas d’avoir le PT au pouvoir. Car Lula pesa de tout son poids pour contrer l’hégémonie des États-Unis en favorisant la coopération Sud-Sud dès qu’il le pouvait. C’est ainsi que le Brésil a pris part à toutes les initiatives régionales qui écartait les États-Unis du jeu, favorisant de la sorte l’émergence d’un monde multipolaire.

Dans une conjoncture de recul de la vague de gauche en Amérique latine qui a été mise à profit par l’impérialisme américain pour accroître son agressivité, la droite brésilienne a intensifié ses attaques contre Lula et Dilma dans le but de mettre fin à l’expérience du PT au pouvoir. Premièrement, en orchestrant un coup d’État parlementaire contre Dilma en 2016 et deuxièmement, en construisant de toutes pièces un montage judiciaire pour emprisonner Lula (qui reste très populaire parmi la population brésilienne) et l’empêcher de se présenter aux élections présidentielles de 2018 (qu’il aurait gagnées haut la main – ce qui aurait évité la victoire de Bolsonaro).

Accusations de corruption, victime d’un coup d’État orchestré

3,5 milliards de dollars en pots de vin. C’est le montant astronomique qui est évoqué dans le méga scandale brésilien du Lava Jato (car wash) : un véritable scandale d’État qui implique le géant pétrolier Petrobras et la tentaculaire entreprise de construction Odebrecht. De très nombreux politiciens haut placés, issus de tous les partis brésiliens, ont été impliqués dans des surfacturations de marchés publics, leur permettant de toucher des rétro-commissions de plusieurs millions de dollars. Bien que ni Dilma ni Lula n’aient été directement impliqués, la campagne contre Lula était lancée. Accusé sans preuve d’avoir reçu un appartement en bord de mer (il n’y a jamais mis les pieds...), Lula est condamné à 12 ans d’emprisonnement pour corruption. Un procès purement politique, tel que l’a démontré le journaliste Greenwald en révélant les conversations Telegram entre le juge Sergo Moro et le procureur qui évoquent explicitement le fait de devoir empêcher la candidature de Lula, malgré la faiblesse des éléments à charge contre lui. Et personne n’a jamais blâmé Dilma pour son enrichissement personnel ni ne l’a accusée de corruption. En parallèle, une institution chargée de contrôler les comptes de l’État démontre que les comptes de 2014 ont été artificiellement embellis, pour masquer une situation budgétaire compliquée, alors que Dilma se présentait à la réélection. Le procureur fédéral chargé du dossier estime que les faits reprochés au gouvernement ne constituent cependant pas un délit. Qu’importe. Une procédure de destitution de la présidente est entamée. Une machinerie puissante et bien rodée se met en place. Celle-ci aboutit à ce qu’en août 2016, Dilma Rousseff soit officiellement renversée, victime d’un coup d’État parlementaire. Ironie du sort, Temer, son vice-président qui devient Président, tout comme plusieurs membres de son gouvernement remanié sont, eux, coupables de faits de corruption avérés.

Ce fut une stratégie délibérée de la droite de faire tomber Dilma, le PT et les programmes progressistes. C’est une revanche des anciens secteurs qui étaient au pouvoir et qui n’avaient pas disparu. Au contraire, ils se sont réorganisés et, à partir de 2014, ont mis leur plan d’éliminer le PT à exécution. Grâce à leurs think thanks influents, relayés régulièrement par les grands médias, mais aussi grâce aux médias sociaux, la droite a été très active dans les protestations et manifestations contre Dilma. Des manifestations qui ne se limitaient pas à critiquer les politiques du PT mais dans lesquelles on entendait, entre autres, des appels à revenir à la dictature militaire.

En élisant Bolsonaro, lui-même ancien capitaine de l’armée s’étant entouré de nombreux militaires dans son gouvernement, les Brésiliens qui avaient cru en lui commencent déjà à déchanter. Les coupes dans les programmes sociaux sont terribles. Et son entourage direct n’arrive pas à se défaire des scandales de corruption et de narcotrafic alors qu’il avait promis d’en finir avec ces fléaux. Sergio Moro, le juge qui a condamné Lula sans preuves et empêcha de la sorte qu’il soit candidat aux élections à quant à lui été récompensé en étant nommé ministre de la Justice et de la Sécurité publique.

Perspectives

La victoire de Bolsonaro est un revers pour la gauche, un revers pour les programmes sociaux au Brésil, un revers pour l’Amazonie. Mais le peuple brésilien ne laisse pas tomber les bras. La campagne pour la libération de Lula (« Lula livre ») bat son plein. La résistance à Bolsonaro et à ses politiques antisociales s’organise. Et le vent de gauche semble à nouveau souffler sur le continent latino, avec des victoires possibles des progressistes en Argentine, en Bolivie et en Uruguay dans les prochaines semaines. Venez écouter l’espoir et la combativité des peuples latino-américains, dont Dilma sera la porte-parole à ManiFiesta.