La droite bolivienne met en œuvre son plan d’urgence contre Morales pour ‘fraude électorale’

Le 20 octobre le président Evo Morales est sorti vainqueur des urnes lors du premier tour des élections présidentielles, mais l’opposition est déterminée à rejeter ces résultats.

Après les élections générales du 20 octobre, les tensions se sont accrues en Bolivie. L’opposition de droite a refusé de reconnaître les résultats qui ont mené à la victoire du président Evo Morales du Movimiento Al Socialismo (MAS) dès le premier tour avec 47,07% des voix contre 36,52 % pour Carlos Mesa de la Comunidad Ciudadana L’opposition prétend que, comme les premiers résultats semblaient indiquer qu’un second tour serait nécessaire, une fraude électorale a dû avoir lieu pour donner à Morales la marge de 10 points rendant un second tour superflu.

Depuis lors, l’opposition, déjà divisée, est en train de manigancer pour arriver à un point de vue et des revendications communes par rapport aux élections. Leur manque de cohérence a montré que les intentions réelles de l’opposition ne sont pas de défendre la démocratie et les institutions démocratiques, mais de provoquer un changement de régime et d’engendrer le chaos.

Ainsi le gouvernement bolivien, pour réagir aux tensions croissantes à propos des résultats, a invité l’Organisation des Etats Américains (OAS) à procéder à un audit du processus électoral pour vérifier la légitimité des résultats. Cet audit a débuté le 31 octobre. Alors que l’OAS s’était déjà prononcé pour un second tour dès le 21 octobre, au lendemain des élections, faisant clairement preuve de parti pris contre Morales, plusieurs secteurs de l’opposition ont quand-même déclaré qu’ils rejetaient cet audit.

D’abord le candidat à la présidence Carlos Mesa avait accepté l’audit de l’OAS. Mais après sa rencontre avec Fernando Camacho, le leader de l’opposition à Santa Cruz, le bastion des forces anti-Morales, Mesa a annoncé qu’il rejetait l’audit de l’OAS. S’ils croient réellement qu’il y a eu fraude, pourquoi rejeter l’audit, d’autant plus que l’auditeur n’est absolument pas favorable à Morales?

Entretemps, partout dans le pays, des secteurs d’opposition ont accentué la pression sur la rue pour exiger l’annulation des résultats. Juan Ramón Quintana, le ministre de la présidence en Bolivie, a déclaré que " nous assistons à l’heure actuelle à un projet de coup d’état qui se développe de manière intense et à plusieurs vitesses sur tout le territoire national".

La nuit après les élections, des groupes violents ont incendié les bureaux de l’autorité électorale à Potosi, Sucre et Tarija. Dans la ville de Santa Cruz cela s’est passé le 22 octobre et depuis lors d’incessantes mobilisations violentes ont lieu ainsi que d’autres actes de sabotage et une grève nationale,

Dans d’autres villes également il y a eu des protestations de moindre importance, et depuis peu la capitale La Paz est devenue l’épicentre des protestations de l’opposition.

Mais l’aile de droite n’a pas été la seule à mobiliser. Il y a déjà eu plusieurs mobilisations massives de soutien à Evo Morales et à sa victoire aux dernières élections, et pour dénoncer les incessantes tentatives de coup d’état. Le 28 octobre des milliers de manifestants issus des mouvements de paysans, d’étudiants, des syndicats de mineurs et de mouvements indigènes sont descendus dans les rues de El Alto, ville majoritairement indigène non loin de La Paz, et base historique du MAS, pour défendre leurs votes et les résultats.

Des milliers de mineurs, mobilisés à La Paz le 29 octobre ont entonné le slogan: "Mesa, voleur, nous n’oublierons pas octobre." Cela en souvenir du massacre qui eut lieu à El Alto le 11 octobre 2003, pendant la "guerre du gaz", quand Mesa était vice-président et que plus de 80 personnes ont été tuées et plusieurs centaines blessées.

Le 30 octobre s’est déroulée une plus grande manifestation encore, de mineurs, indigènes, associations de quartiers, jeunes activistes et citoyens. Ils ont marché de El Alto jusqu’à La Paz pour soutenir Evo Morales. Le chant "Evo, tu n’es pas seul pardi !" était le principal slogan du peuple.

Au cours de la journée du lendemain, le 31 octobre, à nouveau, des milliers de gens issus de différentes parties du pays se sont rendus à La Paz pour se joindre aux manifestations de soutien à Evo Morales.

Dans ce cadre d’ attaques accrues de l’opposition, les participants de la mobilisation ont décidé d’ organiser une veillée sur la Plaza Murillo, le centre de la vie politique où se trouvent le palais présidentiel et le Congrès National.

Plus tard dans la journée, des groupes d’opposition se sont rassemblés à La Paz pour un 'cabildo', c’est à dire un rassemblement à caractère ouvert où plusieurs résolutions sur leur point de vue et leurs revendications ont été approuvées. Selon Marco Teruggi, celles-ci incluent notamment la revendication que les élections soient annulées, un appel à la destitution d’Evo Morales, le rejet de l’audit de l’ OAS, un appel à des nouvelles élections, la constitution d’un nouveau Tribunal Electoral Supérieur, ainsi que la "radicalisation de la pression".

Après le ‘cabildo’ les opposants ont décidé de marcher vers la Plaza Murillo et ils ont tenté de forcer le barrage des policiers qui protégeait les sympathisants du MAS et les mineurs qui avaient campé là pendant la nuit. Les confrontations violentes avec explosions de dynamite, fusées et pétards par les manifestants de l’opposition se sont poursuivies jusqu’à minuit.

Les autorités gouvernementales et les mouvements populaires en Bolivie dénoncent l’escalade de jour en jour des tensions et la mise en œuvre d’un scénario du type de coup d’état. Evo Morales et le vice-président Álvaro García Linera ont tous deux dénoncé les tentatives de l’opposition de droite de provoquer le chaos et de déstabiliser le pays par des mouvements de protestations et de grèves violents.

Selon les déclarations de Juan Ramón Quintan : "Il s’agit sans nul doute d’un coup d’état financé par les Etats Unis, ils ont appris à bien déplacer leurs pions, surtout pour soutenir une narration contre le gouvernement ". Il a ajouté que "la Bolivie va se transformer en un grand champ de bataille, un Vietnam moderne, parce que les organisations sociales ont trouvé ici un horizon pour réaffirmer leur autonomie, souveraineté et identité".

Sur le plan international aussi des mouvements populaires et des leaders politiques se sont ralliés au côté de Evo Morales et de la démocratie bolivienne. Hier encore une tempête Twitter s’est déclenchée avec le hashtag #EvoPresidenteLegítimo (Evo Président Légitime) et des gens du monde entier se sont unis pour manifester leur soutien à Morales et au processus de changement dans le pays et pour rejeter les tentatives de coup d’état persistantes.