Le banquier Lasso a battu le correiste Arauz

Guillermo Lasso a remporté l’élection présidentielle contre Andres Arauz (photo). Il a obtenu 52,51% des voix contre 47,49% avec 93,29% des bulletins valides sur un total de 97,60% examinés. 

Le résultat contredit les prévisions de la plupart des instituts de sondage qui, pendant des semaines, ont donné Arauz vainqueur avec des pourcentages variables. Le vote nul était de 1 660 802 et le vote blanc de 163 913, sur un total de 10 211 652 électeurs. Le candidat de l’alliance CREO et du parti social-chrétien se retrouve donc vainqueur et assumera la présidence le 24 mai.

« Nous travaillerons à partir de demain à la campagne de vaccination, nous travaillerons avec détermination pour que les 17 millions d’Équatoriens — sans laisser personne de côté — bénéficient du changement d’un pays démocratique, libre, prospère, un pays de libertés, où personne n’a à avoir peur, ce soir nous pouvons tous dormir dans la paix et le calme. Je ne viens pas avec une liste de personnes que je veux persécuter ou voir en prison, je veux voir tous les Équatoriens libres, sans crainte du gouvernement », a-t-il déclaré.

De son côté, Arauz a déclaré : « aujourd’hui le moment est venu d’aller de l’avant, nous devons construire des ponts et jeter des passerelles, c’est un revers électoral, mais en aucun cas une défaite politique et morale, car notre projet est un projet pour la vie. Je téléphonerai à M. Guillermo Lasso, je le féliciterai pour la victoire électorale obtenue aujourd’hui, et je lui montrerai nos convictions démocratiques ».

« Les plus de quatre millions de voix qui m’accompagnent aujourd’hui sont un mandat, un engagement à défendre des politiques qui accompagnent et promeuvent la justice sociale, la dignité, l’éducation et la santé publique. Avec toute notre force politique et législative, qui fait de nous la principale force politique de la République de l’Équateur, nous serons attentifs à toute tentative d’utiliser l’État au profit de quelques privilégiés, nous serons comme nous l’avons toujours été les défenseurs du plus grand nombre ».

« Notre objectif est de pouvoir construire cette nouvelle majorité, ce bloc historique, représenté par le progressisme, la plurinationalité et la social-démocratie, ce sont des éléments constitutifs de notre État, de notre Constitution, ils doivent se refléter dans la majorité populaire progressiste dont l’Équateur a besoin. Aujourd’hui ce n’est pas la fin mais bien le début d’une nouvelle étape du pouvoir populaire ».

Le pourcentage obtenu par Lasso signifie qu’il a inversé l’écart de plus de 12 points qui le séparait d’Arauz au premier tour. Plusieurs raisons expliquent ce résultat, comme la mobilisation d’un vote anti-correiste dans un pays marqué par le clivage corréisme/anti-correisme et la migration des électeurs de Yaku Pérez et Xavier Hervas — troisième et quatrième au premier tour — en faveur de Lasso.

La défaite d’Arauz peut également s’expliquer par les contraintes imposées à sa campagne, avec un mouvement peu structuré et dont les cadres sont persécutés ou se trouvent à l’extérieur du pays. « Nous sommes arrivés à ces élections dans des conditions très complexes, nous savons tous que nous avons été victimes de persécutions, de harcèlement, d’insultes, de haine, d’une tentative de mise hors la loi de notre mouvement, d’attaques sur la personne, sur la famille », a déclaré Arauz.

Les deux candidats ont appelé à la formation d’un « gouvernement d’unité » dans le contexte d’un pays en crise économique et sanitaire, marqué par le clivage corréisme/anti-corréisme qui traverse l’ensemble de la vie politique jusqu’au mouvement indigène, la trahison politique du président sortant Lenin Moreno, le déploiement d’une guerre juridique contre le corréisme qui, dans ce mouvement, signifie une dégradation institutionnelle et une réduction de la démocratie.

Avec la victoire de Lasso, une nouvelle étape d’approfondissement du néolibéralisme s’ouvre maintenant en Équateur, dont on a déjà un avant-goût dans le projet de privatisation de la Banque centrale de l’Équateur, qui pourrait être réalisé avant que Moreno ne quitte le palais présidentiel de Carondelet le 24 mai. La carte du continent se maintiendra, quant à elle, au même point de confrontation entre les forces progressistes et les gouvernements de droite, avec les limites qui en découlent pour la reconstruction des organismes d’intégration latino-américains.

Venesol