Le nouveau gouvernement belge et Cuba

Au bout de près de 500 jours de crise politique, nous avons depuis le 1er octobre 2020 un nouveau gouvernement fédéral emmené par le libéral Alexander De Croo. Ce gouvernement de coalition rassemblant des chrétiens-démocrates, des socialistes, des libéraux et des verts est sensé gouverner la Belgique jusqu'en 2024.

L'ex cheffe de groupe sp.a Meryame Kitir est la nouvelle ministre de la Coopération au développement, tandis que le poste de ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et du Commerce extérieur revient à la Première ministre sortante Sophie Wilmès.

Nous avons lu l'accord gouvernemental (officiellement le rapport des formateurs) du point de vue de la solidarité avec Cuba et l'Amérique latine.

 

Une politique étrangère pro-européenne

« Sur le plan international, le gouvernement sera un ardent défenseur de la coopération multilatérale. Les objectifs de développement durable et l'Agenda 2030 des Nations unies y sont au cœur », écrivent Alexander De Croo et Paul Magnette dans l'introduction du rapport.

Au chapitre « La Belgique, une voix forte en Europe et dans le monde », M. De Croo trace les grandes lignes de la future politique étrangère, fondée « sur la défense et la promotion de l'État de droit et des droits de l'Homme », et sur la défense des intérêts et des priorités du pays, bien entendu.

Enfin, on lit que « Le gouvernement fédéral réitère l'engagement de la Belgique pour un multilatéralisme fort avec les Nations unies comme cadre privilégié et un rôle particulier pour le Conseil de sécurité ». Le gouvernement De Croo considère l'Union européenne comme le meilleur instrument pour défendre les intérêts belges à l'échelle mondiale car, selon lui, c’est une des meilleures garanties pour que « les questions fondamentales liées au droit humanitaire international, à la lutte contre l'impunité, à l'État de droit et au respect des droits humains soient les mieux pris en compte, notamment pour ce qui concerne l'égalité de genre, les droits LGBTQIA+ et la protection des minorités opprimées ». Outre ces principes, le nouveau gouvernement défend également « une politique de sécurité forte » et réaffirme sa loyauté envers l'OTAN.

En plus de se concentrer sur le Moyen-Orient - et la politique de colonisation d'Israël - ce gouvernement Vivaldi se concentre sur l'Afrique, en particulier le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda et certaines parties de la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Kenya (la région des Grands Lacs) et la région du Sahel.

Coopération au développement : l'Amérique latine, un continent oublié

Les deux dernières pages de ce rapport de 84 pages sont consacrées à la coopération au développement.

Le nouveau gouvernement « attache de l'importance à la solidarité internationale et œuvre à la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) ». À partir de 2021, « une trajectoire de croissance contraignante sera définie et mise en œuvre pour atteindre, d’ici à 2030, la norme convenue au niveau international, soit 0,7 % du RNB ». Et « la Belgique maintiendra et renforcera son aide non liée dans le cadre de sa politique de coopération au développement ».

Par ailleurs, « les secteurs prioritaires de la politique de développement seront l'accès à des soins de santé de qualité, l'enseignement, la protection sociale, le travail digne, le soutien au secteur privé local et le droit à la sécurité alimentaire, l'agriculture à petite échelle et la transition vers des systèmes alimentaires durables ».

Et : « En raison de leur expertise respective et de leur potentiel d'impact, le gouvernement considèrera la société civile, les universités et le secteur privé comme des partenaires importants, en plus des acteurs du développement institutionnel. Le gouvernement continue à reconnaître l'autonomie et le droit d'initiative des ONG ».

« Une politique claire, avec des stratégies régionales détaillées pour l'Afrique centrale, l'Afrique de l'Ouest (Sahel), l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient », lit-on encore. Rien sur l'Amérique latine, donc sur Cuba. Le nouveau gouvernement oublie-t-il un continent entier ?

 

Belgique - Cuba

À l'approche des élections, la Coordination pour la levée du blocus contre Cuba a demandé aux têtes de liste de commenter trois positions contre le blocus américain contre Cuba. Ecolo, Groen, la N-VA, le PVDA/PTB et le sp.a ont transmis les positions de leur parti. Le CdH, le CD&V, DéFI, le MR, l’Open VLD et le PS n'ont pas répondu.

Trois propositions ont été présentées aux partis :

1) La Belgique et l'Europe doivent continuer à condamner fermement le blocus américain sur Cuba : tous les partis condamnent le blocus étasunien.

2) La Belgique et l'Europe devraient atténuer l'impact négatif du blocus étasunien sur l'Europe, notamment en obligeant les banques à garantir les paiements à Cuba : Les réponses vont ici d'un laconique « oui » (sp.a) à « l'application extraterritoriale du blocus est illégale » (PTB), « les droits de l'homme priment sur les intérêts économiques » (Groen et Ecolo) et « il est aberrant que les banques européennes et belges refusent d’envoyer des fonds humanitaires à Cuba » (Ecolo). La N-VA ne veut pas contraindre les banques et préfère des « mesures plus intelligentes pour stimuler le secteur financier ».

3) La Belgique doit appeler l'UE à porter plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce contre les États-Unis en raison de leur blocage des échanges commerciaux avec Cuba : tous les partis sont d'accord, sauf Groen qui n’a pas répondu explicitement.

Il est très regrettable que ces positions ne soient pas explicitement reprises dans l'accord de coalition. Il faut espérer que les ministres compétents respectifs, mesdames Wilmès et Ketir, le feront lorsqu'elles présenteront leurs notes politiques dans un avenir proche.

Voici quelques suggestions pour cela :

1. Le blocus étasunien contre Cuba est une violation flagrante du droit international et des droits humains, qui a de graves répercussions économiques et financières sur la population cubaine.

Soutenez donc (tout comme les gouvernements précédents) non seulement la résolution contre le blocus, que Cuba soumettra à nouveau à l'Assemblée générale des Nations unies en 2021, mais traduisez aussi ce soutien en actions concrètes : interpellez les États-Unis à ce sujet, défendez la souveraineté de Cuba, soutenez le peuple cubain et défendez les ressortissants et entreprises belges victimes du blocus.

2. Le commerce équitable, la non-ingérence dans les affaires intérieures et le respect mutuel sont les meilleures bases d'une coopération au développement réussie entre la Belgique et Cuba.

La Belgique peut aider Cuba à attirer les investisseurs belges et à promouvoir davantage le commerce et les échanges culturels et scientifiques.

3. La Belgique pourrait jouer un rôle dans la coopération Sud-Sud (les échanges économiques et commerciaux entre les pays du Sud) en contribuant, par exemple, au financement de partenariats entre Cuba et d'autres pays.

4. Soutenez les initiatives qui favorisent une meilleure compréhension de la réalité cubaine et apportent un soutien matériel au peuple cubain, dans le respect de ses institutions et de ses choix.

 

Cubanismo.be et le nouveau gouvernement

En tant que mouvement de solidarité indépendant, nous nous concentrons avant tout sur la population belge et nous nous efforçons de coopérer avec d'autres organisations, au-delà de nos frontières et dans un contexte international également.

Le nouveau gouvernement déclare qu'il considère la société civile comme un partenaire important. Nous serons heureux d’y être accueillis et, même, de vous offrir un délicieux café cubain.